Il est 18 h 04 ce mercredi 24 juin au Venezuela lorsqu’une puissante secousse fait trembler le nord du pays. De magnitude 7,2, ce séisme représente une menace forte pour la population de cette région densément peuplée, dont les habitations sont très vulnérables à des secousses d’une telle ampleur.
Pour les Vénézuéliens, celles-ci vont d’ailleurs paraître interminables, et pour cause : ce séisme majeur va être suivi 38 secondes plus tard par un second tremblement de terre, de magnitude encore plus importante. Celle-ci a été estimée à 7,5 par les instituts de surveillance sismologique comme l’USGS. Il faut rappeler que l’échelle des magnitudes n’est pas proportionnelle, mais logarithmique : un séisme de magnitude 7,5 libère ainsi environ trois fois plus d’énergie qu’un séisme de magnitude 7,2 ! Pour les habitants, ces deux événements se sont ainsi confondus en un seul, de puissance et de durée totalement inhabituelle.
Ce scénario, qui présente deux séismes de forte puissance en série, est l’un des pires qui puissent arriver pour une population urbaine. Il est comparable à l’événement sismique qui a sévèrement touché la Turquie en 2023. Sur la base des données préliminaires, l’USGS estime ainsi que les pertes en vies humaines pourraient être terribles, de l’ordre de plusieurs milliers, voire de dizaines de milliers de personnes. Mais que s’est-il passé pour qu’une telle catastrophe frappe ce pays auquel on ne pense pas immédiatement quand on parle de risque sismique ?
Estimations des pertes humaines et du coût des dégâts du doublet sismique qui s’est produit au Venezuela le 24 juin 2026. © USGS
Venezuela ???????? – Séismes
Pour que vous puissiez saisir l’ampleur de ce drame… Je manque de mots. Le bilan sera terrible. pic.twitter.com/RtcAl80Vqb
— ???????????????????????????????? (@GeoTales_) June 25, 2026
Plus puissant séisme pour la région depuis 126 ans
Si l’Amérique latine est souvent touchée par de puissants séismes, on a plutôt l’habitude de parler du Chili et du Pérou, qui sont soumis à l’aléa sismique, très fort, de la zone de subduction qui borde la côte Pacifique.

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En ce qui concerne le Venezuela, si le pays ne se situe pas au niveau d’une zone de subduction, il est pourtant bien soumis, lui aussi, à un aléa sismique très fort en raison de sa localisation sur une zone de coulissage entre deux plaques : la plaque Caraïbe et la plaque Sud-Américaine. La fréquence moindre des séismes dans cette région nous a malheureusement fait oublier que les failles qui parcourent le nord du pays peuvent produire des secousses très fortes et destructrices.
D’après le catalogue de sismicité de l’USGS, le doublet sismique survenu mercredi soir est historique. Aucune magnitude de 7,5 n’avait jusqu’à présent été enregistrée dans cette région.

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Pour trouver un séisme plus puissant, il faut fouiller dans les données paléosismologiques, qui indiquent que Caracas aurait connu un séisme de magnitude 7,7 en 1900.
Venezuela looks like it was BOMBED after two MASSIVE 7.1 and 7.5 magnitude earthquakes.
Pray for the people, this is really bad pic.twitter.com/pIw8ywXzYe
— Ryan Rozbiani (@RyanRozbiani) June 25, 2026
Des plaques qui glissent l’une contre l’autre
La côte nord du Venezuela est parcourue par plusieurs grandes failles qui font coulisser la plaque Caraïbe contre la plaque Sud-Américaine. Les deux plaques se déplacent d’environ deux centimètres par an, dans un contexte régional plutôt complexe relié à l’arc des Antilles. Plusieurs grands systèmes de failles décrochantes traversent ainsi le nord du pays : Ocá-Ancón, Boconó, El Pilar et San Sebastián. Ce type de faille est particulièrement redouté, car elles peuvent produire des séismes puissants et peu profonds, très destructeurs. Ici encore, l’analogie avec le doublet sismique en Turquie est pertinente.

Carte avec épicentre du séisme du 24 juin 2026 au Venezuela et intensités des secousses ressenties. © USGS

Carte tectonique avec la localisation des épicentres des deux séismes. Les systèmes de failles concernés semblent être ceux orientés est-ouest, même si la jonction avec la faille de Boconó est proche. © Interprétation par Earthquake Insights, d’après la carte tectonique d’Audemard (2003)
Les premières données semblent indiquer que les deux séismes se sont initiés dans la zone de jonction entre les systèmes Ocá-Ancón, San Sebastián/El Pilar et Boconó. Les mécanismes au foyer, c’est-à-dire le mouvement de la faille calculé d’après les données sismiques, laisse penser que ce serait surtout les systèmes Ocá-Ancón et San Sebastián/El Pilar, orientés est-ouest, qui seraient en cause.
Mais la question que les scientifiques se posent désormais est : les deux séismes se sont-ils initiés sur le même segment ou sur deux failles différentes ? La superposition des deux événements rend pour l’instant difficile une interprétation détaillée. Celle-ci viendra dans un deuxième temps avec l’analyse précise des signaux sismiques enregistrés et notamment des répliques à venir.
À l’heure actuelle, on sait que les deux épicentres ne seraient distants que de 5 à 10 kilomètres, et situés à proximité de la ville de Yumare. Malgré cette proximité il est possible, comme le mentionne dans The Conversation Mark Quigley, chercheur à l’Université de Melbourne, que les deux séismes se soient produits sur deux failles distinctes, le premier déclenchant le second. « Cela pourrait s’expliquer par le fait que le déplacement de la croûte lors de la première rupture a augmenté les contraintes sur la faille à l’origine du deuxième séisme. Par ailleurs, le passage des ondes sismiques générées par le premier tremblement de terre a pu perturber des failles voisines déjà proches de la rupture, provoquant leur déclenchement », explique le chercheur.
Durant les prochains jours, la distribution des répliques sismiques devrait permettre de mettre en lumière l’extension de la rupture. « Un séisme de magnitude 7,5 est généralement associé à une rupture de l’ordre de 100 à 200 km de long, avec plusieurs mètres de déplacement », détaillent Judith Hubbard et Kyle Bradley dans cet article d’Earthquake Insights.
L’état d’urgence déclaré dans le pays
De tels mouvements de terrains ont toujours des conséquences désastreuses dans les zones habitées et les nombreuses répliques sismiques des prochaines semaines représentent un danger pour les habitations fragilisées.
Face à l’ampleur des dégâts et au risque qui plane encore sur la population, le gouvernement vénézuélien a déclaré l’état d’urgence. Tous les moyens sont désormais concentrés à la recherche des victimes sous les décombres. On dénombre déjà au moins 32 morts.
Source:
www.futura-sciences.com


