Le cancer du col de l’utérus est l’un des rares cancers pour lesquels un dépistage régulier permet réellement d’éviter l’apparition de la maladie. Grâce à la connaissance du rôle des papillomavirus humains (HPV) et à l’évolution des techniques de dépistage, les stratégies ont été adaptées ces dernières années pour mieux cibler les femmes à risque et éviter des examens inutiles.
L’HPV, cause principale du cancer du col de l’utérus
Dans l’immense majorité des cas, le cancer du col de l’utérus est lié à une infection persistante par un papillomavirus humain (HPV), transmis lors des rapports sexuels.
Comme le rappelle le Pr Olivier Graesslin, chef de Service du Département de Gynécologie-Obstétrique du CHU de Reims, « la très grande majorité des femmes vont être un jour en contact avec un HPV ». Environ 80 % des femmes seraient exposées au cours de leur vie sexuelle. Mais dans la majorité des cas, cette infection disparaît spontanément grâce au système immunitaire.
Le problème survient lorsque le virus persiste : il peut alors entraîner des lésions précancéreuses, qui évoluent lentement, parfois sur 10 à 20 ans. Cette lente progression explique l’intérêt du dépistage régulier, capable de repérer les anomalies bien avant l’apparition d’un cancer.
Frottis ou test HPV : deux examens, un même objectif
Le dépistage du cancer du col de l’utérus s’adresse aux femmes sans symptômes : il permet de détecter d’éventuelles anomalies avant l’apparition de signes cliniques. Il repose sur un prélèvement simple effectué au niveau du col de l’utérus lors d’un examen gynécologique.
À partir de ce même prélèvement, deux analyses sont possibles :
Le frottis (examen cytologique) : il consiste à observer les cellules au microscope afin de détecter d’éventuelles anomalies ;
Le test HPV Il recherche directement la présence d’ADN de papillomavirus à haut risque, responsables des lésions précancéreuses.
« Dans 95 % des cas, le frottis est normal », indique le Pr Olivier Graesslin. L’objectif est donc de repérer les rares situations nécessitant une surveillance ou une prise en charge.
À lire aussi
Pourquoi le dépistage contre le cancer du col de l’utérus dépend de l’âge ?
Avant 30 ans : éviter les surdiagnostics
Chez les femmes jeunes, les infections HPV sont très fréquentes mais le plus souvent transitoires. « La majorité de ces infections disparaissent spontanément sans aucune conséquence », explique le Pr Graesslin. C’est pourquoi le test HPV n’est pas recommandé avant 30 ans : il risquerait de détecter trop d’infections temporaires, entraînant des examens et parfois des traitements inutiles. Entre 25 et 29 ans, le dépistage repose donc sur le frottis :
Deux examens à un an d’intervalle ;
Puis un troisième trois ans plus tard si tout est normal.
Après 30 ans : le test HPV devient l’examen de référence
À partir de 30 ans, la stratégie change. Le test HPV devient le test de première intention, car il est plus sensible que le frottis pour détecter les femmes à risque réel de lésions précancéreuses. « Un test HPV négatif est très rassurant et permet d’écarter un risque significatif de lésions », souligne le Pr Graesslin. Lorsqu’il est négatif, le dépistage est espacé : tous les 5 ans.
Résultats : que faire en cas de frottis ou test HPV positif ?
Un résultat positif au dépistage du cancer du col de l’utérus peut être source d’inquiétude, mais il ne signifie pas qu’un cancer est présent. Dans la grande majorité des cas, il révèle simplement la présence d’une infection par un papillomavirus ou de cellules légèrement anormales nécessitant une surveillance.
Test HPV positif : quels examens complémentaires ?
Dans ce cas, une analyse complémentaire des cellules (cytologie) est généralement réalisée sur le même prélèvement. Si cette analyse ne montre pas d’anomalie, un nouveau test HPV est habituellement proposé un an plus tard afin de vérifier si l’infection persiste ou disparaît spontanément.
Frottis anormal : quels examens complémentaires ?
Un frottis anormal peut révéler des anomalies cellulaires de différents degrés, allant de modifications bénignes à des lésions précancéreuses. Selon le résultat, le médecin peut proposer :
Une simple surveillance avec contrôle ultérieur ;
Un test HPV complémentaire ;
Ou une colposcopie. Cet examen permet d’observer le col de l’utérus à fort grossissement et de repérer d’éventuelles zones suspectes.
Quand parle-t-on de cancer ?
Le diagnostic de cancer du col de l’utérus ne repose jamais sur un frottis ou un test HPV seul. Il est uniquement établi après analyse des biopsies réalisées lors de la colposcopie, et parfois complété par des examens d’imagerie.
Rappelons que parmi les infections persistantes par un papillomavirus à haut risque, seule une très faible proportion évolue vers un cancer du col de l’utérus, généralement après plusieurs années. Dans l’immense majorité des cas, le système immunitaire parvient à contrôler ou éliminer l’infection, ou le dépistage permet de détecter et traiter les lésions avant toute évolution.
Comment se faire dépister du cancer du col de l’utérus ?
Le frottis et le test HPV peuvent être réalisés :
Chez un gynécologue ;
Chez un médecin généraliste ;
Chez une sage-femme ;
En laboratoire de biologie médicale.
Le dépistage du cancer du col de l’utérus peut être réalisé pendant la grossesse si nécessaire, sur avis médical.
Est-ce que c’est douloureux ?
Le prélèvement est simple, rapide et réalisé à l’aide d’une petite brosse au niveau du col de l’utérus. L’examen peut être désagréable mais il n’est pas douloureux.
À savoir : il est recommandé de réaliser le prélèvement en dehors des règles, afin de garantir une meilleure qualité d’analyse.
À partir de quel âge et jusqu’à quand faire le dépistage ?
De 25 à 29 ans : frottis à intervalles réguliers (schéma de dépistage organisé) ;
De 30 à 65 ans : test HPV tous les 5 ans si négatif.
Ces recommandations visent à optimiser l’efficacité du dépistage tout en évitant les examens inutiles.
Et après 65 ans ?
La poursuite ou l’arrêt du suivi dépend de l’historique de dépistage de chaque femme. En pratique, le dépistage peut être arrêté chez les femmes de plus de 65 ans qui ont bénéficié de dépistages réguliers et dont les résultats précédents sont normaux. En revanche, il peut être poursuivi si le suivi a été irrégulier ou si des anomalies ont été détectées par le passé. La décision se fait donc au cas par cas, en concertation avec le ou la professionnel(le) de santé.
Dépistage du cancer du col de l’utérus : prise en charge et remboursement
Le dépistage du cancer du col de l’utérus s’inscrit dans un programme national organisé pour les femmes âgées de 25 à 65 ans, afin de faciliter un suivi régulier et d’en améliorer l’accès. Dans ce cadre, les examens de dépistage sont pris en charge par l’Assurance Maladie.
Le prélèvement cervico-utérin est remboursé selon les règles habituelles de l’Assurance Maladie (généralement à 70 % du tarif conventionné), le reste étant couvert par la complémentaire santé. Les analyses de laboratoire (frottis ou test HPV) peuvent être prises en charge à 100 % lorsqu’elles sont réalisées dans le cadre du dépistage organisé, notamment après une invitation ou une relance de l’Assurance Maladie.
Autoprélèvement HPV : une nouvelle option pour améliorer le dépistage
L’autoprélèvement vaginal permet de rechercher le papillomavirus humain (HPV) à partir d’un prélèvement réalisé par la femme elle-même, à l’aide d’un kit, le plus souvent à domicile ou en structure de soins. L’échantillon est ensuite analysé en laboratoire, comme un test HPV classique.
Cette modalité s’adresse surtout aux femmes de plus de 30 ans qui ne réalisent pas ou peu leur dépistage, afin d’améliorer la couverture du dépistage du cancer du col de l’utérus en France. Intégré progressivement au programme de dépistage organisé, il constitue une alternative pratique pour faciliter l’accès au test HPV. En cas de résultat positif, une consultation médicale est nécessaire pour la suite de la prise en charge.
Vaccination HPV et dépistage : deux protections complémentaires
La vaccination contre les papillomavirus humains (HPV) est aujourd’hui un outil majeur de prévention du cancer du col de l’utérus. Elle est recommandée avant le début de la vie sexuelle chez les filles et les garçons, et protège contre les principaux virus responsables de la majorité des lésions précancéreuses et des cancers.
Mais cette protection reste partielle.
Même vaccinée, une femme doit donc continuer à participer au dépistage régulier. Vaccination et dépistage agissent de manière complémentaire : l’un réduit fortement le risque d’infection, l’autre permet de détecter précocement d’éventuelles anomalies persistantes.
À lire aussi

Pourquoi le dépistage reste encore insuffisant en France ?
Le dépistage du cancer du col de l’utérus est aujourd’hui mieux ciblé, plus efficace et mieux adapté à l’âge des femmes. Grâce au test HPV, à la place du frottis et aux nouvelles modalités comme l’autoprélèvement, l’objectif est clair : détecter plus tôt les lésions à risque et réduire encore l’incidence de ce cancer évitable
Toutefois, malgré les campagnes de prévention, la participation au dépistage reste en dessous des objectifs de santé publique. Les freins sont multiples : manque d’information, gêne liée à l’examen, oubli ou absence de suivi régulier, accès parfois difficile aux soins… l’autoprélèvement et la simplification des parcours visent à améliorer cette situation.
Pour obtenir des informations personnalisées sur le dépistage du cancer du col de l’utérus et les modalités de suivi, le site officiel du programme national de dépistage propose un accompagnement et des ressources pratiques.
Dépistage du cancer du col de l’utérus : à retenir
Peut-on faire un dépistage du cancer du col de l’utérus sans symptôme ? Oui. Le dépistage est justement destiné aux femmes sans symptômes. Il permet de détecter des anomalies avant l’apparition de signes cliniques ;
À partir de quel âge faut-il commencer le dépistage ? Le dépistage débute généralement à 25 ans. Entre 25 et 29 ans, il repose sur le frottis, puis à partir de 30 ans sur le test HPV ;
À quelle fréquence doit-on faire un dépistage du col de l’utérus ? Entre 25 et 29 ans, le rythme repose sur plusieurs frottis espacés. Entre 30 et 65 ans, un test HPV est recommandé tous les 5 ans en cas de résultat négatif ;
Un test HPV positif signifie-t-il un cancer ? Non, il signale seulement la présence d’un virus à surveiller ;
Le dépistage du cancer du col de l’utérus est-il douloureux ? Non, il peut être inconfortable mais il n’est pas douloureux. Le prélèvement est rapide et réalisé à l’aide d’une petite brosse au niveau du col de l’utérus ;
Peut-on faire un frottis ou un test HPV pendant la grossesse ? Oui, le dépistage peut être réalisé pendant la grossesse si nécessaire, sur avis médical ;
Le dépistage est-il nécessaire après la vaccination ? Oui, car le vaccin ne protège pas contre tous les HPV ;
Peut-on arrêter le dépistage après 65 ans ? Cela dépend du suivi antérieur et de l’avis médical.
Source:
www.santemagazine.fr


