Dépêche en Inde : deux cas d’extradition mettent à l’épreuve les obligations de l’Inde en matière de droits humains – JURISTE

Le correspondant qui dépose cette dépêche est un étudiant en droit à Mumbai qui doit rester anonyme.

Deux affaires d’extradition très médiatisées qui se déroulent ce mois-ci mettent en lumière les obligations de l’Inde en vertu du droit national et international : l’extradition potentielle de l’Inde de l’ancienne Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina, et les efforts de l’Inde pour extrader le marchand de diamants Mehul Choksi de la Belgique.

Cheikh Hasina, qui a été Premier ministre du Bangladesh pendant près de 20 ans au cours de plusieurs mandats, a été évincée en 2024 après des bouleversements politiques et a fui vers l’Inde en août. Plus tôt cette semaine, elle a été condamnée à mort par contumace par le Tribunal international pour crimes contre l’humanité (TPI) du Bangladesh, notamment dans le contexte du soulèvement étudiant de 2024. Bien que l’Inde n’ait pas reçu de demande formelle d’extradition à la suite du verdict, la question est sur le point de devenir un défi diplomatique et géopolitique pour l’Inde.

Mehul Choksi, marchand de diamants et principal accusé dans l’affaire de fraude de 1,8 milliard de dollars à la Banque nationale du Pendjab, a fait l’objet d’une notice rouge d’Interpol, désormais révoquée, et de procédures pour crimes en col blanc couvrant trois continents au cours des sept dernières années. Il a fait appel de sa décision d’extradition devant la Cour suprême belge. Le 9 décembre, le tribunal a rejeté son appel, ouvrant la voie à son extradition vers l’Inde.

Le cadre d’extradition de l’Inde

L’article 253 de la Constitution indienne confère au Parlement le pouvoir de légiférer pour mettre en œuvre les traités, accords, conventions ou décisions d’organismes internationaux. L’Inde a actuellement des traités d’extradition avec 48 pays et des accords d’extradition avec 12 autres. Le Parlement indien a adopté la loi sur l’extradition de 1962 pour fournir la base législative de l’extradition depuis l’Inde.

L’affaire Hasina : des préoccupations de non-refoulement

Le principe de non-refoulement du droit international public et du droit international humanitaire interdit à un pays de renvoyer une personne vers un État où il existe des motifs sérieux de croire qu’elle risque d’être soumise à la torture. Il faut pour cela déterminer s’il existe une tendance constante à des violations flagrantes, flagrantes ou massives des droits de l’homme.

Les Nations Unies ont exprimé leurs inquiétudes concernant une condamnation à mort prononcée lors d’un procès par contumace, inquiétudes exacerbées par la situation politique instable au Bangladesh. Malgré le changement de régime en 2024, les violations des droits humains sous forme de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires continuent de manière incontrôlée.

L’affaire Choksi : obstacles judiciaires et respect des droits humains

Choksi a fui l’Inde en 2018 et les tentatives de New Delhi pour l’extrader remontent à mars de la même année. Il a été arrêté à la Dominique en 2021, alléguant avoir été « kidnappé » par des agents indiens. Il a ensuite engagé une procédure contre Antigua-et-Barbuda devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme et contre l’Inde devant la Haute Cour du Royaume-Uni.

Le dernier développement a commencé en août 2024, lorsque l’Inde a envoyé une demande formelle d’extradition à la Belgique. Le tribunal de grande instance d’Anvers a jugé exécutoires les mandats d’arrêt émis par un tribunal de Mumbai, décision confirmée par la cour d’appel d’Anvers. Choksi a fait appel devant la Cour suprême belge, qui a rejeté son appel le 9 décembre, ouvrant ainsi la voie à son extradition vers l’Inde.

Les tribunaux belges ont souligné à plusieurs reprises que la demande de l’Inde devait être conforme aux obligations en matière de droits de l’homme, en particulier à la lumière des inquiétudes de Choksi concernant les mauvais traitements en détention et les soins médicaux inadéquats. L’Inde a répondu à ces préoccupations par une lettre d’assurance formelle adressée à la Belgique. Cette affaire illustre les défis judiciaires du processus d’extradition, en particulier lorsque les ressources substantielles du fugitif permettent de multiples procédures judiciaires de haut niveau.

Les efforts de l’Inde pour extrader d’Europe d’autres délinquants financiers, tels que Nirav Modi et Sanjay Bhandari, seront désormais de plus en plus évalués dans le cadre du respect des droits de l’homme.

Les cas parallèles de Sheikh Hasina et Mehul Choksi représentent respectivement l’extradition depuis l’Inde et l’extradition vers l’Inde, ainsi que les considérations relatives aux droits de l’homme dans les deux contextes. Ces cas reflètent la position de l’Inde dans une tendance plus large visant à garantir que le système coopératif d’extradition ne l’emporte pas sur des procès équitables et une procédure régulière.

Les opinions exprimées dans JURIST Dispatches sont uniquement celles de nos correspondants sur le terrain et ne reflètent pas nécessairement les opinions des rédacteurs de JURIST, du personnel, des donateurs ou de l’Université de Pittsburgh.

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