La revue des revues. C’est un bel âge pour une revue, 90 ans. Or, au vu de la situation internationale, la dynamique nonagénaire Politique étrangère a du grain à moudre. Pour cet anniversaire, la publication trimestrielle de l’Institut français des relations internationales (IFRI) se concentre sur les défis auxquels est confrontée l’économie internationale. En filigrane, elle pose deux questions : celle de la crédibilité internationale des Etats-Unis, face à une Chine qui a désormais conquis le statut de première puissance commerciale planétaire, mais aussi celle de la place de l’Europe, si celle-ci ne veut pas « devenir le musée d’un monde pacifique disparu ».
Selon Sébastien Jean, professeur d’économie au Conservatoire national des arts et métiers, on assiste tout simplement à une « grande rupture de la mondialisation », sans précédent depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Devenue l’usine du monde, la Chine occupe une position dominante dans l’industrie, mais aussi dans le contrôle des terres rares. Ses excédents commerciaux ont de nouveau doublé depuis la pandémie de Covid-19 de 2020-2021. Dans ces conditions, l’offensive menée par le président américain, Donald Trump, sur les droits de douane apparaît comme le dernier avatar de l’affrontement entre le protectionnisme américain et le mercantilisme chinois. Tout cela conduit à « une mondialisation moins multilatérale, plus transactionnelle, moins juridique, plus géopolitique », où les tensions sont de plus en plus visibles.
« Lente agonie »
Face à ces transformations, l’Union européenne ne joue-t-elle pas le rôle d’idiot utile de la mondialisation ? « Entre décrochage économique et changement de logiciel », l’Europe est à la traîne, constate Sébastien Maillard, conseiller spécial à l’Institut Jacques Delors. Avec un produit intérieur brut européen en croissance de 1,6 % en 2025, elle est menacée de « lente agonie », selon l’ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, auteur d’un rapport pour relancer la compétitivité de l’UE en 2024, qui est resté lettre morte. Sa successeure, Christine Lagarde, qui affirmait en novembre 2025 que « les vulnérabilités de l’Europe découlent d’un modèle de croissance adapté à un monde qui disparaît », ne se montre guère plus optimiste.
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Source:
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