Chaque jour, les transports en commun rythment la vie de millions de Français. Métro, bus, RER ou tramway font partie du quotidien. Mais entre la foule, les imprévus et les nuisances, ils peuvent aussi devenir un véritable défi pour le mental.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. D’après une étude publiée en 2025 par l’Institut Terram (source 1) :
43 % des usagers font le lien entre leurs trajets et leur stress ou leur anxiété.
41 % estiment que leurs difficultés de transport contribuent à leurs troubles du sommeil.
41 % font aussi le lien avec des symptômes dépressifs.
Jusqu’à 46 % relient leurs épisodes de colère violente aux conditions de déplacement.
Bonne nouvelle, toutefois : il existe des solutions concrètes pour mieux vivre ces moments, réduire la pression et reprendre le contrôle. On fait le point avec Étienne Duménil, psychologue clinicien et psychanalyste.
Pourquoi ressent-on du stress ou de l’anxiété dans les transports ?
Le stress ressenti dans les transports repose sur trois facteurs clés, d’après le psychologue.
Une promiscuité difficile à supporter
Première cause de difficulté : la proximité imposée avec les autres. « La promiscuité non choisie est parfois difficile à supporter. On subit l’intrusion dans son espace personnel pendant tout le trajet », fait remarquer Étienne Duménil.
Entre les incivilités et le bruit, cette proximité peut devenir pesante. Sans oublier la surpopulation ! « Pour certaines personnes, notamment celles souffrant de claustrophobie, les wagons bondés sont particulièrement difficiles à vivre », souligne l’expert.
Un manque de contrôle frustrant
Deuxième facteur clé : l’imprévisibilité. Retards, pannes, grèves…
On ne maîtrise pas grand-chose. Et ça, psychologiquement, c’est difficile à accepter !
« Ce manque de contrôle alimente la frustration et l’anxiété », prévient Étienne Duménil.
Une surcharge sensorielle
Enfin, le cerveau est soumis à une avalanche de stimuli : chaleur, bruit, odeurs, mouvements.
Certaines personnes sont-elles plus sensibles que d’autres ?
Malheureusement, oui. Nous ne sommes pas tous égaux face au stress… Comme le rappelle Étienne Duménil : « On répond à des phénomènes collectifs avec notre psychologie individuelle ».
Les personnes anxieuses, très contrôlantes ou ayant vécu des expériences difficiles sont souvent plus vulnérables. Elles tolèrent moins l’imprévu et peuvent ressentir plus intensément les situations stressantes.
Mais il est important de le rappeler : tout le monde peut être affecté, surtout en cas de fatigue ou de surcharge mentale.
Bus, métro, tram… Que faire concrètement pour éviter le stress ?
Des gestes simples peuvent faire toute la différence.
Anticiper ce qui peut l’être
Même si tout n’est pas contrôlable, certaines actions réduisent l’incertitude :
Prévoir un peu d’avance.
Vérifier le trafic avant de partir.
Identifier des itinéraires alternatifs.
Cela redonne un sentiment de contrôle.
Accepter ses sensations et l’imprévu
Chercher à tout contrôler ne fait qu’augmenter la tension, rappelle Étienne Duménil. L’idée est donc de développer plus de souplesse mentale : accepter que certaines situations échappent à notre contrôle aide à réduire la frustration.
Comment gérer son anxiété pendant les trajets en transports ?
Bonne nouvelle : les techniques de gestion du stress psychocorporelle et la cohérence cardiaque fonctionnent très bien !
La cohérence cardiaque
La respiration est votre meilleur allié. Essayez cet exercice :
Inspirez pendant 5 secondes
Expirez lentement pendant 5 secondes
À répéter pendant quelques minutes : cela envoie un signal de sécurité au cerveau et diminue rapidement le stress.
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La méthode 5-4-3-2-1
La technique 5 4 3 2 1, consiste à mobiliser vos 5 sens, un par un. Identifiez :
5 choses que vous voyez. Par exemple : les sièges autour de vous, une affiche, la couleur des vêtements d’un passager, la carte des lignes, etc.
4 choses que vous entendez. Le bruit des portes qui se ferment, les annonces du conducteur, le roulement du train, des conversations autour de vous.
3 choses que vous ressentez. Le contact de votre sac sur votre épaule, vos pieds dans vos chaussures, la barre que vous tenez dans la main.
2 choses que vous sentez. L’odeur de votre parfum, celle d’un café à emporter, ou même l’odeur caractéristique du métro.
1 chose que vous goûtez. Un chewing-gum, un bonbon, ou simplement le goût d’une boisson.
Cet exercice a un effet immédiat : il détourne l’attention des pensées stressantes et ramène à ce qui se passe ici et maintenant. « Cela permet de sortir de la spirale anxieuse », assure Étienne Duménil.
Créez-vous une bulle mentale
Si possible, écoutez de la musique, un podcast ou un livre audio pour vous couper de l’environnement stressant. « C’est une façon de filtrer les stimuli désagréables et de reprendre le contrôle de son attention », précise Étienne Duménil.
Relâcher les tensions physiques
Contractez puis relâchez vos muscles (épaules, mâchoire, mains) à plusieurs reprises. Cela permet de libérer les tensions accumulées sans que cela se voie.
N’hésitez pas à sortir si besoin
Quand l’angoisse monte, inutile de tenter de raisonner son cerveau. « Quand on est en crise, le cerveau bug. Il n’est plus accessible par la pensée rationnelle. Si besoin, descendez à la station suivante pour reprendre votre calme », conseille le psychologue.
Peut-on aussi voir les transports comme des lieux apaisants ?
Étonnamment, oui, estime le psychologue. Dans de bonnes conditions, les transports peuvent être reposants. Contrairement à la conduite, ils permettent de :
Se libérer de la charge mentale.
Ne pas gérer le trafic et les contrainte de stationnement.
Prendre du temps pour soi (méditer, lire quelques pages, écouter un contenu inspirant, etc.).
Podcasts, musique, lecture… « On peut transformer ce moment en un temps choisi » Sans oublier un autre aspect important : le sentiment d’agir pour l’environnement, qui peut renforcer le bien-être.
Comment prévenir les crises d’angoisse sur le long terme ?
Au-delà de la gestion immédiate, il est possible d’agir en amont.
Se concentrer sur ce que l’on contrôle
Il y a ce qu’on contrôle et ce qu’on ne contrôle pas :
On ne contrôle pas une grève.
Mais on peut s’informer, s’organiser.
Cela réduit le sentiment d’impuissance.
Consulter si nécessaire
Quand le stress devient envahissant, qu’il perturbe vos trajets ou vous pousse à éviter les transports, il est important de ne pas rester seul(e).
Un accompagnement psychologique peut vraiment aider à comprendre ce qui se joue et à retrouver des trajets plus sereins.
Un professionnel (psychologue, psychiatre) peut vous proposer des outils adaptés à votre situation et à votre niveau d’anxiété.
S’exposer progressivement
Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) sont souvent recommandées. Leur principe est simple : vous vous exposez, étape par étape, à la situation qui vous angoisse.
Commencer par un trajet court, à une heure creuse.
Puis reprendre progressivement des trajets plus longs ou plus fréquentés.
Jusqu’à retrouver une certaine aisance dans vos déplacements.
Cette exposition progressive permet au cerveau de s’habituer et de diminuer la réaction de peur. Mais attention : comme le souligne Étienne Duménil, cette méthode a ses limites. Elle peut fonctionner sur une peur précise, mais si les causes profondes du stress ne sont pas prises en compte, l’anxiété peut se déplacer vers une autre situation. D’où l’intérêt d’un accompagnement global.
En résumé, le stress dans les transports en commun est courant, mais il est évitable. En comprenant ses causes et en adoptant des stratégies adaptées, il est possible de mieux vivre ces moments du quotidien.
Source:
www.santemagazine.fr

