Un chapeau floqué des mots “Dangerous gents” (“Gentlemen dangereux”), un masque tête de mort et des lunettes noires. Le portrait que fait Falter de Tom sur sa une est loin d’être flatteur : il y est représenté menaçant, devant un arc-en-ciel – symbole LGBTQI par excellence – pris dans le viseur d’une arme à feu.
Tom, dont le nom a été modifié à sa demande, est un ancien pedo-hunter, un chasseur autoproclamé de pédocriminels. Il a notamment fondé en 2024 le groupe Telegram Pedo Hunters Austria, où une centaine de personnes tentaient, selon leurs dires, de traquer des pédophiles. Mais, comme le souligne le magazine viennois de gauche, “Tom a surtout menacé des homosexuels et doit passer devant la justice pour cela”. Son réseau a été démantelé il y a un an, et il fait désormais l’objet d’une vingtaine de plaintes, émanant notamment de personnes LGBTQI.
Pensé comme un espace de discussions pour alerter sur la présence de pédocriminels en Autriche, Pedo Hunters Austria est rapidement devenu un lieu où des agressions filmées d’hommes gays étaient planifiées et publiées. “On ne savait jamais ce qu’il allait se passer en amont, c’était toujours des actions très spontanées”, se souvient Tom, dans une interview donnée à Falter. Il jure n’avoir jamais participé à ce genre d’expéditions homophobes. Mais il reconnaît avoir manqué d’empathie vis-à-vis des victimes.
“Je me suis voilé la face, je me disais : ‘C’est un pédophile, il l’a bien mérité’.”
Tortures et humiliations
L’Autrichien assure que les profils des membres de Pedo Hunters Austria étaient variés : des adolescentes comme des quinquagénaires et des migrants s’y côtoyaient. Proche du mouvement antivaccin et des milieux d’extrême droite, Tom n’a pas non plus refusé l’accès du groupe à un utilisateur au pseudonyme problématique : Adolf88 (le nombre 88 est un signe de reconnaissance néonazi qui signifie “Heil Hitler”).
D’après le jeune homme, une partie des pedo-hunters autrichiens auraient été inspirés par Okkupay Pedofilyay, un groupe Telegram russe fondé en 2013, dont les membres “humilient, agressent et torturent” des homosexuels. Ils auraient également été en contact avec d’autres groupes européens, installés en Suède, en Allemagne et en Norvège.
Aujourd’hui, Tom affirme s’être repenti, après avoir vécu pendant des années “dans une bulle” où les faits ne comptaient pas. “Aujourd’hui, je sais que très peu de pédocriminels sont homosexuels”, déclare-t-il. Il a adhéré à RosaLila PantherInnen, une association de lutte contre les discriminations envers les personnes LGBTQI. Et il dit avoir pris ses distances avec les milieux homophobes et néonazis. De son côté, Falter note tout de même qu’il a été actif sur la scène d’extrême droite au moins jusqu’en juin 2025. Ce qui ne l’empêche pas de titrer à sa une : “Confession d’un pedo-hunter”.
Source:
www.courrierinternational.com

