Tout au long de l’opération menée au Moyen-Orient, Donald Trump n’a cessé de prétendre que l’Iran n’était qu’un petit adversaire de plus pour les Etats-Unis, capable uniquement d’encaisser les coups, de riposter localement et, au final, de céder sous la pression militaire et économique soutenue. En réalité, l’Iran a bouleversé le modèle sur lequel l’interventionnisme américain s’est longtemps appuyé.
Pendant des décennies, les Etats-Unis ont entretenu la conviction qu’ils pouvaient mener des guerres à l’étranger sans rencontrer de résistance sérieuse. Cela a été rendu possible par la sélection de cibles – telles que la Grenade, le Panama, l’Irak, la Libye et même le Venezuela – qui n’avaient pas la capacité d’infliger aux Etats-Unis des dommages significatifs au-delà de leurs propres frontières. Même lorsque des insurrections ont épuisé les forces américaines, comme au Vietnam et en Afghanistan, les conflits sont restés géographiquement circonscrits.
Ce modèle – une guerre déclenchée par les Etats-Unis qui finit par coûter très cher à leur adversaire – s’est avéré essentiel pour entretenir l’illusion de l’invincibilité américaine. Il a également permis de limiter, à l’intérieur du pays, la résistance politique à l’aventurisme militaire de Washington.
Aujourd’hui, l’Iran a brisé ce modèle. La doctrine de sécurité de ce pays repose sur la « défense avancée » [définie par Ali Khamenei, dans un discours de 2019 comme le fait de « ne pas se limiter aux frontières » et d’affronter les menaces qui se trouvent au-delà]. Il s’agit pour se défendre de déployer des capacités militaires asymétriques – notamment des missiles balistiques et de croisière, des drones et un réseau de partenaires et de mandataires – au-delà de ses frontières.
Lorsque les Etats-Unis et Israël ont attaqué, l’Iran a pu tirer parti de cette profondeur stratégique : il a riposté immédiatement, visant des bases militaires et d’autres cibles dans toute la région, y compris chez des alliés américains.
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Source:
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