« Le pouvoir réel commence là où le secret commence », écrivait la philosophe et théoricienne politique Hannah Arendt, en 1951, dans Les Origines du totalitarisme. Indissociable de la formation des Etats, qu’ils soient totalitaires ou démocratiques, le secret incarne, en effet, depuis des siècles l’expression même du pouvoir. Mais, à l’heure du numérique, de l’exigence croissante de transparence et d’une défiance accrue envers les institutions, sa place dans la fabrique de la décision publique est plus questionnée que jamais.
« Entre un souci d’opacité technique et le besoin d’un contrôle démocratique, l’Etat apparaît aujourd’hui tiraillé entre un impératif d’efficacité de l’action publique et une exigence croissante de traçabilité qui ne fait pas disparaître le secret mais, au contraire, oblige à en préciser la justification », a souligné le doctorant en science politique Alexandre Marais, jeudi 2 avril, à l’occasion d’un colloque organisé par le Centre d’études et de recherches de sciences administratives et politiques, un laboratoire de recherche commun à l’université Panthéon-Assas et au CNRS.
Principal témoin de cet échange consacré à la place du secret aux sommets de l’Etat, le conseiller d’Etat Eric Thiers, passé successivement par les services de l’Assemblée nationale, les cabinets ministériels mais également l’Elysée comme conseiller « institutions et action publique » d’Emmanuel Macron, de 2022 à début 2024. Plus récemment, il a exercé à Matignon comme conseiller spécial du premier ministre François Bayrou, de décembre 2024 à la chute de son gouvernement, en septembre 2025. « Entre les attentes citoyennes et la pression médiatique, l’Etat comme le Parlement se trouvent à agir sous la lumière crue des projecteurs », a-t-il relevé lors de ce colloque. Un contexte qui, selon le haut fonctionnaire, questionne le « maniement » même du secret dans la prise des délibérations parlementaires ou des arbitrages gouvernementaux. « Le développement de la transparence des décisions politiques et publiques est pourtant bien un enjeu de confiance majeur à l’heure de la crise démocratique que nous connaissons », a rétorqué Camille Righetti, docteure en droit public à l’université de Lille.
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Source:
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