Au Mexique, dans l’État de Jalisco, une association utilise le rap pour offrir une alternative à la violence et à la délinquance aux jeunes des quartiers défavorisés. À Zapopan, près de Guadalajara, ces ateliers musicaux deviennent une forme de thérapie, un exutoire et une lueur d’espoir pour des dizaines de jeunes en difficulté. Reportage sur un projet qui transforme des vies.
Publié le : 02/05/2026 – 06:30
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Quand la musique, et plus précisément le rap, éloigne les jeunes de la violence… Allons au Mexique, dans l’État de Jalisco, rencontrer une association qui se concentre sur des jeunes en difficulté. Cette région située à l’ouest du Mexique n’est pas épargnée par la violence : c’est aussi le siège du cartel Jalisco Nouvelle Génération, qui recrute à tour de bras pour ses activités criminelles et le trafic de drogue.
Selon l’association de protection de l’enfance REDIOM, c’est l’un des États avec les plus forts taux de violences contre les mineurs. Un quart de cette population vit aussi en situation de pauvreté. Pour les jeunes issus des milieux populaires, le danger de tomber dans la délinquance est réel. Alors, dans les quartiers difficiles autour de Guadalajara, la capitale de l’État, l’association RAP attire des jeunes avec la musique et leur donne des perspectives. Chaque semaine, des dizaines de jeunes issus des quartiers difficiles viennent chanter.
Naria, alias Pingui, enregistre une composition, accompagnée par El Neggro Azteca et D-Mor, à l’origine de ces ateliers RAP. « J’aime bien car j’ai parfois besoin d’aide avec mes textes et, avec eux, on les rend propres. Ce sont des textes réalistes et j’aime bien y mettre mon histoire réelle et parler parfois de thèmes qui sont lourds. »
« Ça me rend très heureux et ça me relaxe beaucoup », confie Michel Cardona, qui fréquente l’association depuis trois ans. « Je traversais un moment compliqué dans la vie quand j’ai connu ici. Alors, je me suis concentré pour apprendre et, avec eux, j’ai sorti un premier disque. »
Un studio de rap comme refuge
El Neggro Azteca déclare : « Si on n’avait pas ce genre d’activité, c’est très probable que les jeunes tombent dans la drogue ou dans la délinquance ». À travers la musique, les fondateurs de l’association forgent des liens avec les jeunes des différents quartiers. Un lien social positif qui résonne avec sens dans leur parcours personnel.
« La vérité, ça sauve des vies. Ça aide, ça permet de se contrôler, c’est une thérapie, un anti-stress. Au moins pour moi. » enchaîne D-Mor. « Et c’est quelque chose que nous aurions aimé avoir… Le fait d’être dans le quartier, d’avoir de mauvaises fréquentations, de consommer de la drogue et d’en vendre m’a mené en prison. Imagine toi s’il y avait eu quelqu’un pour me dire : viens plutôt faire du rap et arrête de traîner dans la rue. Ça aurait été génial, » renchérit El Neggro Azteca.
À l’extérieur du petit bâtiment de la maison de la jeunesse qui héberge le studio, s’y jouent des matchs de rap freestyle. Les jeunes improvisent sur des rythmes. « Thème libre, sans vulgarité » entend-on : « Oui, c’est difficile, mais ce n’est pas impossible non plus. Il faut pratiquer. Avec l’expérience, ça devient fluide. » El Real réagit.
Aux commandes, derrière la platine, Alejandro, alias El Real. À 27 ans, il est devenu un pilier de l’association et sait gagner la confiance des jeunes. « Figure-toi que j’ai un passé difficile. Je viens de la rue. J’avais malheureusement des problèmes d’addictions à la drogue et à l’alcool. Ensuite, j’ai arrêté de consommer pour me concentrer sur la musique. Et j’ai à cœur d’aider les jeunes qui commencent comme moi, avec des problèmes liés à la vie dans la rue, les conflits familiaux… Quand ils viennent ici, on leur fait sentir qu’ils font partie de la maison. Parfois, ils nous voient comme le grand frère qu’ils n’ont jamais eu. »
À travers une passion commune pour la musique, il s’agit pour l’association de donner une opportunité aux jeunes et de nourrir leur espoir de s’en sortir.
Source:
www.rfi.fr

