Cela faisait plus de cinquante-trois ans que des yeux humains n’avaient pas contemplé de si près la « magnifique désolation » qu’offrent les paysages lunaires, selon les mots prononcés par Buzz Aldrin en juillet 1969. Dans la nuit du lundi 6 au mardi 7 avril, l’équipage de la mission Artemis-2 a survolé la Lune. Un moment fort de quelques heures pendant lequel le vaisseau Orion et ses quatre occupants se sont approchés à 6 545 kilomètres de la surface grise de l’astre sélène.
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Les quatre astronautes en ont profité pour observer 30 sites lunaires, des grands bassins d’impact aux plus petits cratères en passant par les rares mers lunaires qu’offre la face cachée de notre satellite, du moins la partie éclairée par le Soleil. La Lune étant encore en phase de gibbeuse décroissante, le disque éclairé par le Soleil au moment du survol recouvrait majoritairement sa face visible ; seuls 20 % de sa face cachée était visible.
Si ces observations n’ont pas une grande valeur scientifique, tant les missions robotiques ont cartographié la Lune et son relief avec une très grande précision, elles entraînent les astronautes à décrire les formations géologiques qu’ils observent, une compétence importante pour les futures missions à la surface. Elles leur ont quand même permis d’observer six petits flashs de lumière sur la partie non éclairée de la Lune, qui sont autant d’impacts de météorites. Ces phénomènes se produisent régulièrement, mais sont difficiles à observer depuis la Terre.
L’équipage d’Artemis-2, qui est devenu celui qui s’est le plus éloigné de la planète Terre (avec une distance maximum de 406 771 kilomètres atteinte à 1 h 02, heure de Paris), a identifié deux cratères sans nom de la face cachée, et a proposé de les nommer « Integrity » et « Carroll », en hommage respectivement à leur vaisseau et à l’épouse du commandant Reid Wiseman, morte d’un cancer en 2020 à l’âge de 46 ans. La NASA a indiqué qu’elle soumettrait une demande en ce sens à l’Union astronomique internationale, qui est l’autorité compétente pour nommer officiellement des sites extraterrestres.
Les photos du survol diffusées le 7 avril par l’agence spatiale américaine laissent à voir une surface lunaire plus sombre que ce à quoi les yeux d’un observateur humain sont habitués. Sur certaines photographies, la surface lunaire prend une teinte brune. Sur d’autres, la lumière rasante du Soleil permet de révéler le relief particulièrement complexe de la face cachée de la Lune, laquelle est bien plus tapissée d’impacts que celle que notre satellite montre à la Terre.
La face visible de la Lune, photographiée au début du survol de la mission Artemis-2, apparaît dans la moitié supérieure du disque, identifiable par ses taches sombres. Au centre, dans la partie inférieure, se trouve un bassin d’impact d’environ 930 kilomètres de diamètre sur la face cachée de la Lune présentant plusieurs cratères et une mer lunaire en son centre, la Mare Orientale. NASA VIA APReid Wiseman, commandant d’Artemis-2 et astronaute de la NASA, observe la Lune à travers l’un des hublots du vaisseau Orion, en amont du survol lunaire de l’équipage prévu le 6 avril 2026. NASA VIA APUn croissant de Terre est photographié quelques instants avant que l’équipage d’Artemis-2 ne passe derrière la Lune, coupant les communications avec Houston (Texas). NASA VIA AFPLe cratère Vavilov photographié au terminateur, c’est-à-dire dans la région à cheval entre la partie éclairée et la partie ombragée de la Lune. Les rayons du Soleil y sont rasants et laissent apercevoir le relief lunaire dans toute sa complexité. NASA VIA AFPLa Terre et la Lune vues depuis le vaisseau Integrity, le 7 avril 2026. Cette image a été prise quelques minutes avant que la « bille bleue » ne disparaisse derrière la Lune. Ce « coucher de Terre » fait écho au célèbre « lever de Terre » immortalisé par Bill Anders le 24 décembre 1968 lors de la mission Apollo-8 NASA VIA AFPL’intérieur de la capsule Orion, pendant un moment de repos, le 6 avril 2026. NASALa lumière rasante du Soleil au terminateur projette des ombres sur les nombreux cratères parsemant la face cachée de la Lune, lors du survol du vaisseau Integrity de la mission Artemis-2. NASA VIA AFPJeremy Hansen, l’astronaute canadien, photographié dans Orion alors qu’il tente d’immortaliser la Lune à travers les fenêtres de leur vaisseau, le 7 avril 2026. NASA VIA REUTERSCette photographie montre les éjectats en cercle concentrique du bassin Orientale, le plus jeune bassin d’impact de la face cachée de la Lune. Large de 930 kilomètres, celui-ci compte plusieurs cratères ainsi que des chaînes de montagnes soulevées par la violence des impacts. Au centre, Mare Orientale, une mer lunaire composée de basalte volcanique, lui donne sa teinte foncée. NASA VIA AFPAprès le survol de la Lune, les quatre membres d’équipage d’Artemis-2 sont passés pendant 57 minutes dans l’ombre de la Lune. Cette éclipse temporaire permet de révéler la couronne solaire, c’est-à-dire la haute et chaude atmosphère qui enveloppe notre étoile. NASA VIA APLes astronautes Christina Koch (en haut à gauche), Victor Glover (en haut à droite), Jeremy Hansen (en bas à gauche) et Reid Wiseman (en bas à droite) chaussent leurs lunettes pour observer l’éclipse solaire qui va s’offrir à eux pendant un peu moins d’une heure. NASA VIA AFPAu centre de contrôle de la mission Artemis-2, à Houston (Texas), le 6 avril 2026. RONALDO SCHEMIDT/AFP
Mise à jour le 7 avril à 16 h 41 : ajout des photos haute définition du survol diffusées par la NASA.