Lors de fouilles menées sur le site d’el-Bahnasa, une mission égypto-espagnole a mis au jour une tombe romaine renfermant des momies aux langues en or et de rares objets. Cette découverte exceptionnelle éclaire des aspects encore inédits des pratiques funéraires tardives de l’Égypte ancienne.
Le 18 avril 2026, le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités a annoncé sur Facebook une découverte majeure à el-Bahnasa (l’antique Oxyrhynchos), dans le gouvernorat de Minya. Une équipe de chercheurs égyptiens associée à l’Université de Barcelone, dirigée par Maite Mascort i Roca et Esther Pons Mellado, a mis au jour une tombe romaine contenant de mystérieuses momies aux langues en or. La fouille de la zone a également révélé un papyrus inédit reproduisant un extrait de l’Iliade d’Homère, une amulette de cœur dorée et des figurines représentant les dieux Harpocrate et Cupidon. Des artefacts précieux qui ouvrent de nouvelles perspectives de recherche sur les pratiques funéraires des anciens Égyptiens durant les époques ptolémaïque (305-30 avant J.-C.) et romaine (30 avant J.-C.-641 après J.-C.).
Une tombe romaine exceptionnelle ressurgit à el-Bahnasa
El-Bahnasa est un important site archéologique de Moyenne-Égypte, localisé à environ 200 km au sud du Caire. Découvert par Dominique Vivant Denon (1747-1825), il a rapidement été identifié avec la cité grecque Oxyrhynchos (Ὀξύρυγχος), « la ville du poisson au nez pointu » (l’oxyrhynque).
Les momies aux langues d’or datant de la période romaine. Photo : Ministère du tourisme et des antiquités
Fouillée depuis 1992 par l’Université de Barcelone et le Conseil suprême des Antiquités, cette ville ne cesse de surprendre les archéologues. Dernière découverte en date : celle d’une tombe d’époque romaine (tombe 65) renfermant plusieurs momies placées dans des sarcophages en pierre, des cercueils en bois peint, ainsi qu’une panoplie funéraire rarement attestée.
Certains corps étaient enveloppés dans du lin décoré de motifs géométriques. D’autres conservaient encore des traces de feuille d’or, témoignant d’une préparation funéraire élaborée. La mise au jour de langues en or et en cuivre dans la bouche de quatre de ces momies a en outre attiré l’attention des chercheurs. Que signifiait cette coutume, dont les attestations sont relativement ténues en Égypte ancienne ?

Langue en or découverte dans la bouche d’une des momies. Photo : Ministère du Tourisme et des Antiquités
Des langues en or, une amulette de cœur et un rare papyrus
La présence de langues en or dans la bouche des momies est une pratique déjà attestée à el-Bahnasa ainsi que dans d’autres sites du delta du Nil, comme Alexandrie et Quesna. Cette pratique funéraire n’en demeure pas moins mystérieuse ! Pour certains chercheurs, elle résulterait d’un syncrétisme entre les cultures égyptienne et gréco-romaine. Il pourrait s’agir d’une amulette qui permettait au défunt de continuer à parler dans l’au-delà, notamment durant la fameuse psychostasie (« pesée de l’âme »).
La découverte d’une amulette de cœur dorée à la feuille d’or vient compléter la panoplie. Généralement déposée sur le buste du défunt, elle protégeait cet organe tout aussi essentiel que la langue lors de cette étape cruciale pour accéder au royaume d’Osiris.

Une momie enveloppée dans des bandages décorés de motifs géométriques datant de la période romaine. Photo : Ministère du Tourisme et des Antiquités
Durant la fouille, les membres de la mission archéologique ont également eu la surprise de trouver un papyrus inédit à l’intérieur de l’une des momies. Ce manuscrit contenait un texte tiré du deuxième chant de l’Iliade d’Homère, détaillant les participants de l’expédition grecque contre Troie et plus connu sous le nom de « Catalogue des vaisseaux ».
Une trouvaille qui résonne particulièrement à Oxyrhynchos ! Depuis la fin du XIXe siècle, ce site est en effet mondialement connu pour avoir livré des milliers de papyrus grecs, ce qui en fait l’un des gisements documentaires les plus précieux de l’Antiquité. Pour Hicham El-Leithy, secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités, « cette découverte confère au site une dimension à la fois littéraire et historique de grande importance ».

La tombe d’époque romaine sur le site d’el-Bahnasa. Photo : Ministère du tourisme et des antiquités
Des pratiques funéraires inspirées du monde gréco-romain
Des travaux menés à l’est de la tombe 67, repérée par l’équipe en 2024, ont aussi révélé une tranchée renfermant trois chambres funéraires construites en calcaire, dont seule la partie inférieure subsiste. De la première, les égyptologues ont exhumé un vase conservant les restes incinérés d’un individu adulte, les ossements d’un nourrisson et la tête d’un félin, enveloppés dans du tissu. Dans la seconde, une urne funéraire similaire a été dégagée. Elle contenait également les cendres de deux défunts et les os d’un animal de la même espèce.
Des figurines en terre cuite et en bronze ont enfin été mises au jour au sud du site archéologique. L’une d’elles représente Harpocrate (Horus l’enfant) sous la forme d’un cavalier. Une autre figure Cupidon, le dieu romain de l’Amour. Cette association, loin d’être anodine, illustre la porosité des frontières religieuses à Oxyrhynchos, où ces divinités pouvaient coexister dans un même espace.

La « pesée du cœur », du Livre des Morts de Ani (British Museum, vers 1300 av. J.-C., photo 2001). À gauche Ani et son épouse Tutu s’inclinent devant l’assemblée des dieux. Au centre Anubis pèse le cœur d’Ani à l’aune de la plume de Maât.
Les découvertes réalisées à el-Bahnasa en 2026 sont une nouvelle preuve du fort syncrétisme qui caractérisait cette importante cité du centre de l’Égypte. Durant les époques ptolémaïque et romaine, ses habitants adoptaient des pratiques funéraires mixtes (momification ou crémation), se faisaient parfois inhumer avec une langue en or dans la bouche et invoquaient la protection des dieux du panthéon égyptien et gréco-romain.
Source:
www.connaissancedesarts.com

