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Alma Dufour: «Le premier pays qui se sera débarrassé des énergies fossiles sera très avantagé»

Députée La France insoumise de Seine-Maritime, membre de la Commission de la défense nationale et du Conseil supérieur de l’énergie, Alma Dufour se définit encore aujourd’hui comme « gilet jaune ». Invitée de L’Atelier politique, elle décrypte la crise énergétique en cours et défend une écologie qui ne se ferait pas sur le dos des classes populaires.

Crise énergétique : « Une catastrophe qui se profile »

Membre du Conseil supérieur de l’énergie, Alma Dufour ne mâche pas ses mots sur la situation actuelle. Pour elle, la flambée des prix des carburants n’est pas une surprise : elle s’y est préparée et a alerté depuis son entrée à l’Assemblée.

« On est parti sur une décennie de déstabilisations géopolitiques de très grande ampleur. Le premier pays qui se sera débarrassé de sa dépendance aux énergies fossiles sera considérablement avantagé. »

Alma Dufour pointe nommément la politique de TotalEnergies, dont les marges auraient été multipliées par quatre en dix ans selon elle, enchaînant les records de dividendes. Le blocage des prix annoncé par le Premier ministre à la pompe lui semble une mesure insuffisante, voire contre-productive.

« Les marges dans la distribution à la pompe sont extrêmement faibles. C’est un cadeau rêvé pour TotalEnergies. C’est une prime aux voyous — pardon, mais je le dis. »

Sa solution : bloquer les prix au niveau de la production et du raffinage, et taxer les marges des grandes compagnies pétrolières. « Ce n’est pas aux Français de payer un prix qui augmente. Il faut bloquer les prix, mais c’est à l’État de taxer ceux qui font de l’argent avec cette énergie qui finira par nous envoyer dans le mur. »

 

ZFE, voitures électriques : l’écologie ne doit pas se faire sur le dos des pauvres

Les zones à faibles émissions (ZFE), contre lesquels LFI a voté à deux reprises, illustrent pour Alma Dufour ce qu’elle appelle « l’écologie libérale » : une transition dont le coût repose sur ceux qui en ont le moins les moyens.

« Les ZFE n’ont jamais été une mesure pour le climat, c’est une mesure pour la santé — les particules fines. Ça a forcé des gens à envoyer à la casse des voitures qui consommaient quatre litres aux cent pour s’acheter des SUV qui polluaient moins en particules fines mais beaucoup plus en termes climatiques. »

Dans sa circonscription, en périphérie de Rouen, Alma Dufour observe que de nombreux habitants continuent à circuler avec des vignettes Crit’Air non conformes, faute de moyens. La réponse qu’elle défend : développer massivement les transports en commun et baisser leurs tarifs.

Sur la voiture électrique, Alma Dufour se dit favorable à une électrification massive du parc, à condition que l’État impose aux constructeurs une gamme de véhicules légers à moins de 20 000 euros, assortie d’avances à taux zéro.

« On est largement excédentaires en électricité, on est le premier exportateur net d’électricité d’Europe. Aujourd’hui, on a l’électricité pour le faire. »

Sur la question du nucléaire, la position d’Alma Dufour est pragmatique : il faudra, dans un premier temps, combiner énergies renouvelables et nucléaire, tout en gardant pour horizon la sortie de cette énergie.

 

Explosion sociale : « Je sais que ça va péter »

Avec « un litre de carburant à plus de 2 euros dans certaines stations, une hausse de l’électricité de 65% en sept ans et une alimentation en progression de 20% sur trois ans », Alma Dufour estime que « les fondamentaux en termes de pouvoir d’achat n’ont jamais été aussi mauvais en France depuis 35 ans ».

Ancienne Gilet jaune, ayant elle-même dit avoir été victime de violences policières lors de ce mouvement, Alma Dufour perçoit dans le calme apparent de la rue non pas un apaisement, mais un découragement profond.

« L’erreur de Macron, c’est de penser que s’il ne voit rien dans la rue, la colère a disparu. Quand ça va péter, on ne sait jamais quand, on ne sait jamais comment, on ne sait jamais sous quelle forme. C’est ça une pré-révolution. »

 

La « Nouvelle France » : une question de représentation

Interrogée sur le concept de « Nouvelle France » défendu par LFI et sur les déclarations de certains de ses collègues lors des élections municipales, Alma Dufour recadre le débat.

Pour elle, l’enjeu n’est pas ethnique mais démocratique : depuis que l’Assemblée nationale existe, la représentation politique a été accaparée par des élites de classe, de genre, et d’origine.

« La Nouvelle France, c’est un concept qui s’adresse aux élites politiques. Tout le monde est français. Ce qu’on veut, c’est que chaque citoyen français soit considéré comme français à part entière dans la représentation politique. »

Alma Dufour rappelle que La France insoumise est, selon elle, le parti qui a fait entrer le plus d’ouvriers et d’employés à l’Assemblée nationale. Elle refuse d’assimiler la démarche à du communautarisme, renvoyant dos à dos, sur ce point, extrême droite et mauvaise foi rhétorique.

« Des maires et des députés non racisés, il n’y a que ça en France et ce n’est absolument pas un problème. Le problème, c’est pourquoi il y a moins de femmes, moins d’ouvriers, moins de personnes racisées. Notre rôle, c’est de rééquilibrer tout ça. »


Source:

www.rfi.fr