Trois imposants tableaux de l’artiste sont installés dans la vitrine de la galerie parisienne Gagosian. Espacés de quelques années, ils sont tous de la dernière période de création de Francis Bacon, la plus austère.
Francis Bacon est réputé pour ses triptyques, mais celui-ci n’en est pas un. Millicent Wilner, directrice de la galerie Gagosian de Londres, indique que « de gauche à droite lorsque l’on regarde la vitrine, ces trois tableaux issus de la même collection privée sont de 1982, 1986 et 1989. Et s’il ne s’agit pas d’un ensemble voulu, ils évoquent tous des émotions fortes, un tourment intérieur ». Ces toiles ont notamment été montrées en 1992 à la Documenta de Kassel, ainsi que lors de l’exposition du Centre Pompidou, en 1996.
Inspiré par les joueurs de cricket
La première, Study For the Human Body, Figure in Movement illustre deux tendances dans le travail de Francis Bacon au début des années 1980 : le fond orange cadmium et l’iconographie du cricket au travers des corps en action. Peu intéressé par les modèles vivants, le peintre avait l’habitude d’utiliser des photographies d’athlètes pour son travail. Le catalogue de l’exposition établit des correspondances entre ces peintures et des dessins tout aussi musculeux réalisés par Michel-Ange, grande source d’admiration de Bacon.
Francis Bacon, Study from the Human Body. Figure in Movement, 1982, huile sur toile, 198 × 147,5 cm (CR 82-08) © The Estate of Francis Bacon. All rights reserved./DACS, London/ARS, NY 2026. Photo: Annik Wetter. Courtesy Gagosian
Sur cette première peinture comme sur la suivante figure une flèche rouge, dont Millicent Wilner affirme qu’il s’agit de « l’un des outils de Bacon pour attirer l’attention sur une zone particulière de la toile, et pour créer un mouvement ». Le travail de l’ombre suscite des interrogations, puisque le corps ne se reflète que dans le miroir placé à l’arrière-plan, avec un tracé flou évoquant le mouvement.
Ces œuvres de la dernière période de Francis Bacon montrent également sa liberté dans l’utilisation de différentes techniques : il alterne la peinture à l’huile, l’aérosol, le transfert de lettres pour le second tableau.

Francis Bacon dans son atelier de la rue de Birague, Paris, 1980. Photo : Edward Quinn © edwardquinn.comCourtesy Gagosian
De la lumière à l’ombre
Deuxième œuvre justement, Study from the Human Body de 1986 étonne par son fond jaune très lumineux qui n’est pourtant pas unique dans l’œuvre du Britannique. Le corps toujours en mouvement est placé devant ce qui peut être un miroir ou une fenêtre, tout en étant enfermé, comme contraint dans une cage esquissée en quelques traits.

Francis Bacon, Study from the Human Body, 1986, huile, pastel, peinture aérosol, et transfert à sec sur toile, 198 × 147,5 cm (CR 86-03) © The Estate of Francis Bacon. All rights reserved./DACS, London/ARS, NY 2026. Photo: Annik Wetter. Courtesy Gagosian
Le dernier tableau, Man at a Washbasin de 1989-90 est le plus sombre des trois : sur un fond gris, une silhouette, tout aussi impressionnante que celles des deux premières œuvres, est penchée au-dessus un lavabo. Francis Bacon avait déjà exploré ce sujet dans les années 1950 et 1970, mais cette version réalisée deux ans avant son propre décès semble immédiatement plus grave. L’historien d’art Richard Calvocoressi admet dans le catalogue la tentation de relier cette image à « la mort du compagnon de Bacon, George Dyer, dans la salle de bains d’un hôtel parisien en 1971 ».

Vue de l’exposition des trois peintures monumentales tardives de Francis Bacon chez Gagosian à Paris en 2026 © The Estate of Francis Bacon. All rights reserved./DACS, London/ARS, NY 2026 Photo: Thomas Lannes Courtesy Gagosian
L’artiste avait déjà traité de ce décès dans un triptyque de 1973, représentant Dyer malade devant un lavabo. Il fait également le lien avec la fréquentation assidue du musée Rodin de l’artiste, « voir le travail d’un sculpteur dont le génie est d’évoquer le mouvement par les torsions du corps a eu un impact décisif sur sa peinture ».
« Francis Bacon»galerie Gagosian, 9 rue de Castiglione, 75001 ParisDu 11 avril au 30 mai
Source:
www.connaissancedesarts.com

