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A la métropole de Nantes, Johanna Rolland verrouille la gouvernance, la droite reste à la porte de l’exécutif

Le navire a tangué dangereusement. Mais Johanna Rolland, maire Parti socialiste (PS) de Nantes, qui commence un troisième mandat, a sauvé l’essentiel : pour l’heure, le vaisseau amiral Nantes Métropole, coiffant 24 communes de l’agglomération, tient le choc. Le nouvel exécutif de la collectivité, dont le budget frôle les 2 milliards d’euros cette année, est à flot. Avec, sur le papier, une gouvernance soigneusement verrouillée : les vingt vice-présidents, élus vendredi, se sont engagés aussi bien à voter le budget de la collectivité qu’à appliquer le programme échafaudé durant la campagne municipale.

Avant les élections, un vent de rébellion avait pourtant soufflé chez les alliés de Mme Rolland. En atteste le coup de semonce délivré en décembre 2025 par des figures-clés de la métropole. Lesquelles se sont fendues d’une note à la maire de Nantes pour exiger une gouvernance plus collective, et l’inviter à « imaginer une métropole plus proche de ses territoires et de ses habitants ». En tête de la contestation, figurent alors Agnès Bourgeais, maire (divers gauche, proche du mouvement Debout ! du député de la Somme François Ruffin) de Rezé, troisième ville de la région nantaise avec 44 000 habitants, Fabien Gracia, maire (écologiste, non encarté) de La Montagne (6 500 habitants), ainsi que les élues écologistes nantaises, Marie Vitoux et Mahel Coppey.

Les frondeurs posent crûment la question du partage des finances métropolitaines et du principe d’équité territoriale, dénonçant « un déséquilibre criant » entre la ville centre et les 23 autres communes de l’agglomération. En 2024, relèvent-ils, seul « 11 % du budget métropolitain a été sanctuarisé pour la périphérie » alors que cet ensemble de communes représente 51 % de la population.

Mais voilà. La vague bleue des municipales, qui a vu la droite et le centre renforcer considérablement leurs positions, a mis sous l’éteignoir les velléités insurrectionnelles. Et laissé place aux tractations pour obtenir des garanties de meilleure représentation. « On ne joue pas avec la métropole, il n’est pas question de prendre le risque de faire perdre la gauche », assumait une voix frondeuse, avant l’installation du conseil métropolitain.

Prérequis « intenables »

Comme au début du précédent mandat, 11 élus nantais figurent aux côtés de Mme Rolland dans l’exécutif. Mais ils ne sont plus « que » quatre vice-présidents socialistes, contre sept précédemment. Les écologistes, encartés ou apparentés, prennent du galon et détiennent sept postes-clés.

Mme Rolland, qui dit avoir entendu « les attentes » exprimées, revendique « une majorité de gauche claire ». Elle ne manque pas d’égrainer les importantes réalisations, en termes d’équipements ou de transports, qui se sont concrétisées grâce à l’intercommunalité, soulignant ce fait : « Au cours du mandat qui s’est achevé, près de 90 % des délibérations ont été adoptées à l’unanimité des maires ».

Mais fait inédit : face à la percée de la droite, la présidente de la Métropole a souhaité « tendre la main » aux maires désireux d’intégrer l’exécutif. Un geste d’ouverture conditionné, donc, au vote du budget – « une question de cohérence démocratique », défend Mme Rolland – et à la mise en musique du projet métropolitain de la majorité.

Des prérequis « intenables », aux yeux de l’opposition, qui a décliné l’offre. « Pour la première fois, la droite et le centre font jeu égal avec la gauche en termes de voix sur le territoire », soupire Sébastien Arrouët, maire (centre droit) d’Orvault (28 000 habitants), qui exigeait de pouvoir amender le programme de la majorité. « Coopérer, ce n’est pas demander l’adhésion préalable pour accorder une place », appuie Sarah El Haïry, élue nantaise (MoDem) et haut-commissaire à l’enfance, à qui la présidence de la Métropole était promise en cas de victoire de la droite à Nantes. Déplorant l’impossibilité d’établir une gouvernance transpartisane, Mme El Haïry attaque : « Ce que vous proposez aujourd’hui, c’est un ajustement à la marge. Un partage des postes, pas un partage du pouvoir. »

« Liberté d’appréciation »

« Nous avons un cap clair et assumé », répond Bertrand Affilé, maire PS de Saint-Herblain (51 000 habitants) et premier vice-président de la Métropole. Le programme conçu avant élection « lie » la majorité avec les électeurs, fait-il valoir, avant de compléter : « On peut l’enrichir, mais pas le dégrader ».

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Quatre maires de petites communes, sans étiquette politique, ont fait le choix d’intégrer l’exécutif, décrochant trois vice-présidences et la commission d’appels d’offres. « Ce n’est ni un ralliement, ni un renoncement », prévient Emmanuel Terrien, maire de Mauves-sur-Loire (3 500 habitants). Lui et ses collègues conserveront leur « liberté d’appréciation » sur chaque dossier, tient-il à préciser, soulignant : « Nous serons loyaux mais jamais dociles ».

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Les prochaines séances promettent d’être âpres. Erika Cadersah, élue de La France insoumise – le groupe détient cinq sièges à la suite de la fusion opérée avec la liste de Mme Rolland au 2e tour des municipales – a réaffirmé son opposition à toute artificialisation de terres agricoles biologiques. La bataille s’annonce également farouche sur la question de l’aéroport de Nantes Atlantique. Durant la campagne, face aux acteurs économiques, Mme Rolland a insisté sur son refus de voir élargi le couvre-feu bannissant les vols entre minuit et 6 heures du matin. Elle trouvera sans nul doute sur son chemin Mme Bourgeais, promue 2e vice-présidente de la Métropole, en charge des questions de santé. Laquelle réclame déjà l’extension du couvre-feu afin de garantir 8 heures de sommeil aux populations riveraines, conformément aux préconisations de l’Organisation mondiale de la santé.


Source:

www.lemonde.fr