C’est à Chișinău, capitale de la Moldavie, que les ministres des Affaires étrangères des États membres du Conseil de l’Europe ont adopté, le vendredi 15 mai 2026, une déclaration politique sur les migrations. Le texte a été adopté lors de la 135e session ministérielle du Comité des ministres du Conseil de l’Europe, en présence notamment de la présidente moldave Maia Sandu et du secrétaire général de l’organisation, Alain Berset.
Cette déclaration n’a rien d’anodin. Derrière des formulations diplomatiques prudentes, elle relance un débat de fond en Europe : jusqu’où les États peuvent-ils aller pour contrôler l’immigration sans remettre en cause les principes fondamentaux de la Convention européenne des droits de l’homme ?
Depuis plusieurs années, la pression migratoire, les questions de sécurité et la montée des partis populistes poussent de nombreux gouvernements européens à réclamer davantage de liberté dans leur politique migratoire. Plusieurs dirigeants estiment aujourd’hui que certaines décisions de la Cour européenne des droits de l’homme compliquent l’expulsion de personnes en situation irrégulière, y compris lorsqu’elles ont été condamnées par la justice.
La déclaration adoptée à Chișinău insiste justement sur la nécessité de trouver un équilibre entre les droits individuels et l’intérêt général des sociétés européennes. Une formule qui paraît consensuelle, mais qui montre surtout que le climat politique européen a changé.
En Belgique aussi, le sujet devient sensible. Le gouvernement fédéral défend une ligne plus ferme sur les questions migratoires, tout en affirmant rester attaché aux valeurs européennes et à l’État de droit. Les déclarations récentes de Bart De Wever et celles du ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot montrent qu’une partie des responsables politiques souhaite ouvrir un débat sur l’interprétation actuelle de la Convention européenne des droits de l’homme.
Pour les défenseurs des droits humains, cette évolution inquiète. Plusieurs ONG craignent qu’en mettant davantage l’accent sur « l’intérêt général », certains gouvernements cherchent progressivement à réduire les garanties offertes aux migrants et aux demandeurs d’asile. Elles rappellent que la Convention européenne des droits de l’homme a été créée pour protéger les individus contre les abus des États, même dans les périodes politiquement tendues.
Le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Alain Berset, tente pour sa part de maintenir une ligne d’équilibre. Son message est clair : il ne s’agit pas d’affaiblir la Convention, mais de la garder forte et crédible dans un contexte européen devenu beaucoup plus complexe.
La déclaration de Chișinău ne change pas immédiatement les règles européennes. Mais elle confirme une chose : le débat sur l’immigration et les droits humains entre dans une nouvelle phase. Une phase où plusieurs États européens veulent reprendre davantage de contrôle politique face à des institutions judiciaires qu’ils jugent parfois trop éloignées des réalités du terrain.

