Une cinquantaine de pays ont dégagé, mercredi 29 avril, leur propre consensus en conclusion de la conférence de Santa Marta, en Colombie, organisée pour tenter d’accélérer la transition hors du pétrole, du gaz et du charbon.
Ce sommet réunissant cinquante-six pays d’Europe, d’Amérique latine et des Caraïbes et des petites îles du Pacifique est né de la frustration face aux négociations onusiennes (les COP annuelles), où toute mention directe des énergies fossiles se heurte depuis deux ans au veto de nombreux pays. Ceux-ci, qui comptent les grands producteurs mondiaux, étaient absents à Santa Marta : Etats-Unis, Chine, Arabie saoudite, Russie et pays du Golfe.
« Santa Marta est historique car c’est la première fois que nous pouvons ouvrir notre cœur, notre cerveau, et avoir de vraies conversations sans des rappels à l’ordre stupides, sans des procédures stupides qui font dérailler toutes les négociations », a estimé Juan Monterrey, le représentant du Panama.
Pour les pays présents en Colombie, la guerre au Moyen Orient et le blocage des exportations du Golfe, qui ont fait grimper les prix des pleins d’essence et des billets d’avion partout dans le monde, leur donnent raison pour accélérer la sortie des énergies fossiles. Un objectif adopté universellement à Dubaï lors de la COP en 2023 mais dans l’impasse politique depuis.
« Quand ils nous regarderont dans le futur, ils se souviendront que nous étions ici, pour résoudre les défis de notre temps », a déclaré, en clôture, la ministre de l’environnement colombienne, Irene Velez Torres.
« Il faut que ce soit équitable »
Néanmoins, pour les pays en développement tributaires de recettes pétrolières et gazières, l’équation est loin d’être simple et leurs représentants à Santa Marta l’ont fait savoir. Des pays africains ont ainsi affirmé qu’ils continueraient à forer, illustrant les tensions entre les impératifs climatiques et les besoins du développement.
« Pas de sortie [des énergies fossiles] – une réduction progressive. Tel est le message », a résumé auprès de l’Agence France-Presse (AFP) Onuoha Magnus Chidi, conseiller auprès du ministre du développement régional nigérian. « Il faut que ce soit équitable », précise-t-il. Au Nigeria, sixième pays le plus peuplé du monde et l’un des premiers producteurs africains, démanteler l’économie fossile prendra du temps, insiste-t-il. « Des gens vont perdre leur emploi… comment allez-vous les réinsérer dans d’autres secteurs ? », demande-t-il, plaidant pour davantage d’aides financières.
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Le Sénégal tient un discours similaire. Pays récemment entré dans le club des producteurs d’hydrocarbures offshore, Dakar ne veut pas sacrifier son développement au nom du climat. « On est conscient qu’on est dans des enjeux planétaires qui nécessitent la transition », a reconnu Serigne Momar Sarr, conseiller technique au ministère de l’environnement et seul représentant sénégalais à Santa Marta. « Ce que nous voulons affirmer, c’est notre droit au développement en toute responsabilité », a-t-il plaidé. L’Afrique ne représente qu’une fraction des émissions mondiales, rappelle-t-il, et fera sa transition en même temps qu’elle continuera à exploiter ses ressources.
Pas de texte contraignant
Les textes adoptés à Santa Marta n’ont aucun caractère contraignant. Un rapport, fruit de débats et contributions écrites, détaille des solutions et mesures, et un groupe scientifique a été désigné pour conseiller les gouvernements qui le souhaitent.
Les pays ont aussi décidé que ce rendez-vous serait renouvelé. La deuxième conférence sur la sortie des énergies fossiles aura lieu en 2027 dans le minuscule archipel de Tuvalu dans le Pacifique, organisée en duo avec l’Irlande, comme Santa Marta le fut avec un autre pays européen, les Pays-Bas.
D’ici là, tous ces pays porteront ce message structuré aux prochaines négociations onusiennes sur le climat, en novembre à Antalya, en Turquie (COP31), où le Brésil, hôte de la COP30, espère toujours formaliser l’idée de feuilles de route pour sortir des énergies fossiles.
Source:
www.lemonde.fr

