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Nouveaux OGM : « La dérégulation des nouvelles techniques génomiques est un contresens biologique majeur »

L’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne de 2018 l’avait pourtant gravé dans le marbre juridique : les produits issus des « nouvelles techniques génomiques » (NTG) sont bel et bien des organismes génétiquement modifiés (OGM). Le motif ? Ces outils, développés majoritairement après l’adoption de la directive de 2001, ne bénéficient d’aucun recul historique garantissant leur sécurité. Pourtant, depuis, le débat européen s’est laissé enfermer dans un récit séduisant mais scientifiquement contestable : celui d’une technologie d’une précision telle qu’elle ne ferait qu’imiter la nature, simplement en accéléré.

En proposant de déréguler massivement ces organismes – en exemptant certains d’évaluation, de traçabilité et d’étiquetage –, la Commission européenne ne se contente pas de simplifier des procédures administratives. Elle s’apprête à valider un contresens biologique majeur. Cette dérégulation irrationnelle fait fi du principe de précaution.

L’argument phare des promoteurs de ce saut réglementaire repose sur une analogie mécanique : la technique Crispr-Cas9 et ses dérivés seraient une paire de « ciseaux moléculaires » permettant de modifier le génome des végétaux à la lettre près. Mais la biologie n’est pas du traitement de texte. L’intervention génétique, même ciblée, provoque fréquemment – entre autres – des effets « hors cible » (off-target) ou des réarrangements imprévus au sein même de la séquence visée (on-target).

En réalité, le processus de transformation en laboratoire est d’une violence extrême. Les plantes que l’on finit par cultiver sont les « survivantes » d’un stress cellulaire profond, portant des cicatrices génétiques et épigénétiques transmissibles. Prétendre que ces bouleversements sont identiques à ceux de l’évolution naturelle est un raccourci qui ignore la nature même des erreurs induites. A l’heure où nous séquençons des millions de pan-génomes pour en saisir la complexité, ne pas exiger l’analyse complète des séquences modifiées constitue une impasse sécuritaire. La connaissance du code n’est qu’une première étape, mais elle est indispensable.

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Source:

www.lemonde.fr