L’appartement a l’air d’être resté dans son jus, avec ses vieux parquets, ses murs constellés de livres jaunis, de photos du siècle passé, sans compter l’ancien banc-coffre sur lequel elle aimait s’asseoir.
L’esprit incandescent de Marina Tsvetaeva (1892-1941), la poétesse russe au destin tragique, habite ce modeste immeuble d’une rue pavillonnaire de Vanves (Hauts-de-Seine), en banlieue parisienne. Elle y a vécu quatre ans. Pour un peu, on croirait que la femme de lettres vient tout juste de quitter les lieux. Elle est partie en 1938, tirant un trait sur treize années passées en France, pour rejoindre un an plus tard l’URSS de Staline, alors en pleine période de purges.
Drôle de choix car, à l’époque, un mot de travers pouvait vous envoyer en camp de travail, le goulag, ou à la mort dans les caves du NKVD, la terrible police du Tsar rouge. En était-elle consciente lorsqu’elle a claqué la porte de son logement des Hauts-de-Seine ? Seule certitude, son retour était contraint.
« Son départ équivalait à un suicide, elle le savait, mais qu’aurait-elle fait seule avec son jeune fils en France, sachant que sa fille aînée, Ariadna, et son mari, Sergueï Efron, étaient rentrés à Moscou quelques mois plus tôt », explique Florent Delporte, l’actuel propriétaire de l’appartement, un professeur agrégé d’allemand, passionné de poésie, « tsvetaevien » convaincu.
Attelé à faire revivre la mémoire de la poétesse disparue, amie de Boris Pasternak et de Rainer Maria Rilke, l’enseignant n’a de cesse d’encenser son génie poétique, son indépendance d’esprit, sa modernité, notamment à travers l’association Marina Tsvetaeva Etoiles-Averse, qu’il préside.
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Source:
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