Letitia James et Jonathan Skrmetti, procureurs généraux de New York et du Tennessee, reviennent sur la condamnation historique de Live Nation et Ticketmaster pour monopole, et sur ce que ce jugement change pour les fans.
Cette tribune a été écrite par Letitia James et Jonathan Skrmetti, respectivement procureure générale de New York et procureur général du Tennessee. Tous deux se sont impliqués dans la procédure antitrust contre Live Nation et Ticketmaster, qui s’est soldée la semaine dernière par un verdict reconnaissant l’entreprise coupable de fonctionner comme un monopole. New York et le Tennessee faisaient partie des 33 États — plus Washington D.C. — à avoir poursuivi la procédure après le règlement négocié entre Live Nation et le ministère de la Justice (DOJ) en pleine audience.
Le mois dernier, les clients de Live Nation ont découvert que les cadres de l’entreprise adoraient « les arnaquer jusqu’au dernier centime » parce qu’ils étaient « tellement stupides ». En coulisses, ces dirigeants se vantaient de « plumer » les spectateurs de toutes les manières possibles : en facturant « 50 dollars pour se garer dans l’herbe » et « 60 dollars pour se garer un peu plus près, toujours dans l’herbe ». Leur PDG donnait lui-même l’exemple. Il a ainsi interdit à la clientèle d’amener des chaises de jardin dans un amphithéâtre en plein air — pour leur sécurité, disait-il — avant de se retourner et d’empocher des millions en louant ces mêmes chaises sur place.
Pour de nombreux Américains, la nouvelle n’a rien eu d’une surprise. Elle confirmait ce qu’ils savaient déjà d’expérience. Quiconque a tenté d’acheter un billet de concert ces dernières années connaît la sensation. On se connecte en avance sur une plateforme peu fiable, on patiente dans une file d’attente virtuelle, on finit par décrocher une place — et l’on regarde alors le prix s’envoler sous une cascade de frais mystérieux. Frais de service. Frais de commodité. Frais de traitement. Frais d’utilisation du site. Au moment de payer, la note a explosé.
Depuis des décennies, les fans alertent sur un système truqué. Les artistes dénoncent des frais excessifs. Les propriétaires de salles doivent composer avec les méthodes d’intimidation de Live Nation. Dans un marché fonctionnel, des entreprises qui se comportent ainsi ne durent pas. Le marché du live est cassé.
C’est pourquoi nous avons bâti une coalition de 40 procureurs généraux d’États pour attaquer Live Nation et Ticketmaster sur la base du maintien d’un monopole illégal dans l’industrie du spectacle vivant. Notre action a démontré qu’ils avaient manipulé le marché à leur avantage : ils ont verrouillé les salles par des contrats d’exclusivité, écarté les concurrents de l’industrie et limité les choix des artistes quant à leurs lieux de représentation.
La semaine dernière, un jury nous a donné raison. À l’issue d’un procès de cinq semaines, notre coalition de procureurs généraux a prouvé que le monopole illégal de Live Nation-Ticketmaster fait grimper les prix et nuit aux fans, aux artistes comme aux salles, dans tout le pays. Le verdict est sans appel : nous avons gagné sur tous les chefs d’accusation.
Ce procès ne portait pas sur un frais abusif isolé ni sur un parcours de paiement frustrant. Il portait sur la manière dont une seule entreprise en est venue à dominer quasiment tous les maillons du spectacle vivant — de la promotion des concerts à la gestion de salles en passant par la billetterie — puis a utilisé ce pouvoir pour exploiter les consommateurs. Le résultat ? Des prix plus élevés, moins d’options, une expérience dégradée pour les fans, les artistes et les salles.
Les preuves étaient accablantes. Le jury a estimé que les fans avaient été surfacturés sur leurs billets, conséquence directe de ce monopole, en acquittant des frais plus élevés qu’ils ne l’auraient dû.
Depuis des décennies, artistes et fans tirent la sonnette d’alarme. Dès 1994, Pearl Jam accusait déjà Ticketmaster d’abuser de sa position dominante pour bloquer la concurrence et sanctionner ceux qui contestaient sa politique tarifaire. Plus récemment, les fans qui tentaient d’acheter des billets pour les grandes tournées — Taylor Swift, Beyoncé, BTS, Bruce Springsteen ou Harry Styles — ont été confrontés à des tarifs stratosphériques, à des bugs à répétition et à une absence d’alternative réelle.
Jusqu’ici, presque rien n’avait bougé. Ce verdict marque un tournant pour l’industrie du spectacle vivant et pour tout Américain qui s’est senti impuissant face à la flambée du prix des billets. Il confirme qu’aucune entreprise, aussi puissante soit-elle, n’est au-dessus des lois. Et il démontre qu’une application ferme du droit de la concurrence fonctionne.
Il s’agissait d’un effort bipartisan, mené par des procureurs généraux de tout le pays et de tout l’échiquier politique, parce que la question n’est pas partisane. Des marchés équitables sont la fondation même de l’économie de notre nation. La concurrence stimule l’innovation, tire les prix vers le bas et offre un vrai choix aux consommateurs. Quand des entreprises enfreignent ces règles, c’est à nous d’intervenir.
Nous allons réparer ce système cassé. Dans les mois à venir, nous demanderons au tribunal d’imposer des remèdes propres à restaurer la concurrence et à apporter un soulagement concret aux fans. Cela passe par des sanctions financières contre l’entreprise et, surtout, par un démantèlement du monopole de Live Nation.
Nous nous battons pour un marché du live où les fans passent en premier, où les artistes disposent d’une autonomie réelle, et où acheter un billet ne ressemble pas à une course contre la ruine. Le seul moyen d’y parvenir, c’est la concurrence effective. Pendant trop longtemps, Live Nation et Ticketmaster ont tenu les fans en otage. Cette ère touche à sa fin.
Par Letitia James et Jonathan Skrmetti
Traduit par la rédaction.
Source:
www.rollingstone.fr

