Le pape Léon XIV a exhorté, mardi 21 avril, la Guinée équatoriale à se mettre « au service du droit et de la justice » au premier jour de sa visite dans ce pays très autoritaire d’Afrique centrale, l’un des plus fermés du continent, régulièrement accusé d’atteintes aux droits humains.
Le pontife américain est arrivé à la mi-journée dans le pays hispanophone, quatrième et dernière étape d’une tournée marathon de onze jours en Afrique. A Malabo, ancienne capitale située sur l’île de Bioko, dans le golfe de Guinée, il a été accueilli par Teodoro Obiang Nguema, 83 ans, au pouvoir depuis 1979 et détenteur du record mondial de longévité au pouvoir pour un chef d’Etat hors monarchies.
Lors d’un premier discours au palais présidentiel, au ton moins tranchant que lors des trois précédentes étapes, il a appelé les autorités du pays à « réexaminer » les « occasions de se placer sur la scène internationale au service du droit et de la justice ». « Il est encore plus évident aujourd’hui qu’il y a quelques années que la prolifération des conflits armés a parmi ses principales motivations la colonisation des gisements pétroliers et miniers, au mépris du droit international et de l’autodétermination des peuples », a-t-il lancé.
La production d’hydrocarbures représente 46,1 % du PIB de la Guinée équatoriale, et plus de 90 % de ses exportations, selon la Banque africaine de développement en 2024. Selon Human Rights Watch, « les revenus pétroliers financent des modes de vie somptueux pour la petite élite entourant le président, tandis qu’une grande partie de la population vit dans la pauvreté ».
Equilibre délicat
Attendu sur les terrains sensibles du pluralisme politique et des libertés publiques, Léon XIV a regretté que « le fossé entre une “petite minorité” − 1 % de la population − et la grande majorité » se soit « considérablement creusé », alors que le pays connaît une corruption endémique.
Devant lui se trouvait Teodorin, fils aîné du président, également vice-président, réputé pour son train de vie très luxueux, qu’il exhibe sur les réseaux sociaux, dans un pays où la majorité de la population vit sous le seuil de pauvreté, et condamné par la justice française en 2019 pour blanchiment et détournement de fonds publics.
En Guinée équatoriale, Léon XIV doit trouver un équilibre délicat : soutenir les fidèles sans être perçu comme un soutien au régime, régulièrement accusé d’autoritarisme et d’atteintes aux droits humains, particulièrement dans son traitement des opposants et des médias indépendants, avec des détentions arbitraires et des entraves aux libertés publiques selon les ONG internationales. Apparu le visage fermé, Léon XIV a ensuite parcouru à pied les rues du centre-ville, sous un important dispositif de sécurité, au milieu de centaines de fidèles, un bain de foule qui lui a redonné le sourire.
Quarante-quatre ans plus tard, il marche sur les traces de Jean Paul II, premier pape à avoir foulé le sol du pays pétrolier de 2 millions d’habitants, dont 80 % de catholiques. Pendant le vol de Luanda à Malabo, Léon XIV a rendu hommage au pape François, un an jour pour jour après sa mort. « Il a vécu au plus près des plus pauvres, des plus vulnérables, des malades, des enfants, des personnes âgées », a-t-il déclaré.
Réactions mitigées
Au grand marché Semu, en plein centre-ville de Malabo, les réactions sont mitigées : certains commerçants espèrent tirer des bénéfices de cette visite, tandis que d’autres expriment des réticences. « Le pape vient pour les dirigeants du pays. Sa visite ne nous servira à rien, car il ne viendra pas convaincre la classe dirigeante de prendre en compte nos souffrances et nos doléances, au détriment de leur enrichissement avec les biens du pays », estime Anita Oye, vendeuse de tomates.
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La majorité de la population demeure pauvre en dépit d’un revenu par habitant parmi les plus élevés d’Afrique, dû notamment aux revenus tirés du pétrole. Certains s’inquiètent du coût de cette visite pour les Equato-Guinéens. Andrés Esono Ondo, chef de file du seul parti d’opposition autorisé dans le pays, la Convergence pour la démocratie sociale, craint que cette visite ne cause davantage de souffrance dans la population, qui devra en assumer « le préjudice économique », « ce que le pape ne souhaite pas », suppose-t-il.
« Que le pape vienne parmi nous (…), c’est une bénédiction divine, sans distinction de race, d’appartenance politique… », a déclaré Jovino Abaga, jeune militant du parti au pouvoir, le Parti démocratique de Guinée équatoriale.
Mercredi, lors d’une journée à la cadence accélérée avec trois vols prévus, il se rendra à Mongomo, fief natal du président, puis à Bata, la capitale économique.
Source:
www.lemonde.fr

