C’est une image qui a fait le tour des réseaux sociaux le week-end dernier : un soldat, gilet pare-balles sur le dos et casque vert sur la tête, semblant porter un uniforme israélien, abat une masse à manche orange sur la tête d’une statue de Jésus crucifié, tombée de sa croix. Selon les internautes indignés qui relaient la scène, celle-ci se situe au sud du Liban, près de la frontière avec Israël.
Alors qu’elle a déclenché dimanche une enquête pour examiner cette image, l’armée israélienne a confirmé, lundi 20 avril, qu’il s’agissait bien de l’un de ses soldats, tout en condamnant avec fermeté cet acte. Benyamin Netanyahou a de son côté exprimé ses « regrets pour cet incident et pour toute douleur que cela a pu causer aux croyants au Liban et dans le monde entier ».
Une statue du village chrétien de Debl
La photo d’un soldat israélien frappant une statue de Jésus a commencé à circuler sur le réseau social X dimanche 19 avril, après avoir été partagée sur le compte de Younis Tirawi, se présentant comme un journaliste palestinien. « Un soldat israélien fracasse la tête d’une statue de Jésus-Christ lors d’opérations dans le sud du Liban », écrit-il en publiant le cliché, vu près de neuf millions de fois depuis. L’image fait ensuite le tour des autres réseaux sociaux et suscite l’indignation des internautes.
«Une page locale de la ville chrétienne de Debl mentionne que la statue leur appartient», indique-t-il ensuite. La municipalité de Debl a en effet confirmé que la statue se trouvait bien dans le village. Cette commune compte aujourd’hui environ 1700 habitants, selon le média Ici Beyrouth, et est très majoritairement peuplé de chrétiens maronites, la principale Église chrétienne du Liban.
Situé dans le district de Bint Jbeil, au sud du Liban, le village se trouve dans une zone où l’armée israélienne a lancé des offensives contre le Hezbollah, avant l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu avec le Liban vendredi dernier.
Comme de nombreux autres villages chrétiens, ses habitants ont subi les assauts de l’armée dans la région. Le 16 avril, l’armée israélienne annonçait avoir achevé « l’encerclement » de la ville de Bint Jbeil, située à 8 km du village chrétien, et avoir lancé une attaque ayant tué plus de 100 combattants du Hezbollah.
Tsahal confirme qu’il s’agit de l’un de ses soldats
Trois heures après la publication du cliché sur Internet, alors que certains mettent en cause la véracité de la photographie, l’armée israélienne indique ouvrir une enquête pour examiner son authenticité. « S’il s’agit bien d’une photo récente et réelle, ces agissements sont contraires aux valeurs de l’armée israélienne et au comportement attendu de ses soldats », prévient l’un des porte-parole de Tsahal, le lieutenant-colonel Nadav Shoshani.
Dans la nuit de dimanche à lundi, l’armée israélienne confirme qu’il s’agit d’une photo réelle et que le soldat soulevant une masse pour frapper une statue de Jésus fait bien partie de ses rangs. « À l’issue d’un premier examen (…) il a été établi que cette photographie montre un soldat des forces israéliennes en mission dans le sud du Liban », reconnaît l’armée sur son compte X officiel.
« Des mesures appropriées seront prises à l’encontre des personnes impliquées, conformément aux conclusions de l’enquête », a ajouté l’armée, qui indique que l’incident fait l’objet d’une enquête. Assurant traiter l’affaire avec « la plus grande sévérité », elle promet que des mesures appropriées seront prises à l’encontre des personnes impliquées.
Le premier ministre israélien s’est dit « stupéfait et attristé d’apprendre qu’un soldat avait endommagé une icône religieuse catholique dans le sud du Liban ». « Les autorités militaires mènent une enquête sur cette affaire et prendront des mesures disciplinaires sévères et appropriées à l’encontre de l’auteur », a promis Benyamin Netanyahou.
Le ministre israélien des affaires étrangères, Gideon Saar, a également condamné un acte « honteux et dégradant ». « Je suis convaincu que des mesures sévères nécessaires seront prises contre les auteurs de cet acte ignoble », a-t-il écrit sur X. « Nous présentons nos excuses pour cet incident et à tous les chrétiens dont les sentiments ont été blessés ».
Le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa a dénoncé l’acte du soldat comme « une grave offense à la foi chrétienne » qui « s’ajoute à d’autres incidents signalés de profanation de symboles chrétiens par des soldats de l’armée israélienne dans le sud du Liban. »
Ce que l’on ignore
Personne ne sait pour l’heure pourquoi ce soldat israélien a fait ce geste, s’il était seul ou encouragé par d’autres militaires à ses côtés. On ignore également si la statue était déjà tombée de sa croix ou si elle a été volontairement détachée. Aucune indication n’a par ailleurs filtré sur l’état actuel de la statue, après ce cliché. Si le village de Debl a confirmé que cette statue de Jésus lui appartenait, il n’a pas pu confirmer qu’elle avait été endommagée.
L’armée israélienne de son côté a assuré « aider la communauté à remettre la statue en place » et indiqué n’avoir « aucune intention de porter atteinte aux infrastructures civiles, y compris aux édifices religieux ou aux symboles religieux ».
L’agence de presse officielle libanaise, ANI, affirme au contraire que les troupes israéliennes sont restées dans la zone dimanche et ont procédé à des destructions de maisons.
Source:
www.la-croix.com

