Rien ne semble arrêter la fuite en avant et la course au gigantisme des data centers, et c’est aujourd’hui à une véritable frénésie d’investissements dopée à la religion du technosolutionnisme que nous assistons.
Nvidia et OpenAI (ChatGPT) ont lancé 100 milliards de dollars d’investissements pour construire de futurs data centers d’une puissance de 10 gigawattheures (GWh), soit l’équivalent de dix centrales nucléaires ; alors même qu’à l’horizon 2030, selon les estimations du think tank The Shift Project, et si l’on suit les choix stratégiques actuels des géants du numérique, « les émissions directes de gaz à effet de serre des centres de données atteindraient jusqu’à deux fois les émissions de la France ».
Le même rapport met en garde sur le fait que, en l’absence de régulation et de planification des centres de données, notre trajectoire climat se verra menacée par l’implantation anarchique des data centers. L’Europe pourrait alors être contrainte d’avoir recours aux énergies fossiles pour faire face à la gloutonnerie énergétique de l’intelligence artificielle (IA) et de ses infrastructures nécessaires. Pour faire face à ce mur énergétique, le président américain, Donald Trump, a réautorisé l’ouverture de mines de charbon plutôt que de tenter de modérer le rythme de déploiement.
Les systèmes numériques constituent aujourd’hui, avec l’IA, le système nerveux de l’ensemble de la société et de nos économies. Nos ordinateurs, tablettes et smartphones sont les outils visibles de ces systèmes numériques. Mais, pour fonctionner, ceux-ci s’appuient sur des infrastructures numériques lourdes, complexes, opaques et invisibilisées. Or le numérique est rarement envisagé sous l’angle de ses infrastructures supports que sont les câbles sous-marins ou les centres de données. Comme le dit très bien le vice-président de Microsoft, « comme les routes, les ports et les aéroports, les centres de données sont l’infrastructure socle de l’économie numérique du XXIe siècle » [« Derrière l’IA, la déferlante des data centers », Le Monde, 24 juillet 2024].
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Source:
www.lemonde.fr

