La décision de placer les missions de prévention, jusqu’ici pilotée par l’agence Santé publique France, sous l’autorité directe du ministère de la santé marque un recul dangereux. Ce choix menace l’indépendance scientifique de nos politiques de santé et, in fine, la santé des Français.
En matière de santé publique, la prévention n’est ni un slogan ni un outil de communication : c’est un levier majeur d’amélioration de l’état de santé des populations, fondé sur des données scientifiques robustes et des stratégies éprouvées. Son pilotage doit rester à l’abri des pressions, qu’elles soient politiques ou industrielles, car elle est l’un des investissements les plus efficaces pour réduire la mortalité évitable, les inégalités sociales de santé et les dépenses de santé à long terme. A titre d’exemple, l’Organisation de développement et de coopération économiques [OCDE] a estimé en 2023 que, pour 1 euro investi dans le Mois sans tabac, plus de 7 euros sont économisés en dépenses de santé du fait de l’arrêt du tabagisme.
Sa crédibilité repose sur la confiance dans les messages et les institutions qui la portent. Cette recentralisation pose question, non parce que l’Etat est illégitime à agir – il en est même l’acteur central –, mais parce qu’elle fragilise un principe essentiel : l’indépendance de l’expertise. Dans un contexte où les discours simplistes, héritiers du célèbre « arrêtez d’emmerder les Français » du président Georges Pompidou [1969-1974], et les « vérités alternatives » gagnent du terrain, souvent portés par des idéologies extrémistes et perméables aux lobbys, le risque est grand de voir disparaître des mesures efficaces. Par exemple : la limitation du sucre dans les aliments, non car ce type de politiques seraient inefficaces, mais parce qu’elles déplaisent à ceux qui profitent du statu quo.
La prévention ne se limite pas à des messages « positifs ». Elle repose sur des décisions politiques fortes, étayées par une approche pluridisciplinaire : parmi lesquelles l’épidémiologie, qui permet d’identifier risques et populations concernées ; la sociologie, pour cibler les publics ; les politiques publiques, pour agir sur les déterminants de santé ; ou les sciences comportementales, pour concevoir des messages percutants.
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Source:
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