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« Vous n’avez pas de regrets de devoir tuer ? » : dans le Transsibérien, chroniques de soldats russes de retour d’Ukraine

« Alors, ça t’a plu, leurs jardins ? Tu t’es bien régalé du raisin et des noix ? » La question est adressée à Evgueni (les noms ont été changés), le soldat qui, depuis quelques jours déjà, monopolise l’attention du wagon de troisième classe du Transsibérien qui file dans l’immensité, quelque part entre Novossibirsk et Krasnoïarsk, en ce début du mois de janvier. La dame d’une cinquantaine d’années qui interpelle ainsi le soldat cherche visiblement à l’impressionner par son savoir, ou à créer une connivence. Elle part rejoindre un emploi saisonnier de vendeuse dans la région de Krasnoïarsk ; lui revient de la guerre en Ukraine.

Evgueni a 48 ans et des tatouages de prisonnier sur les phalanges. Il a passé vingt-six ans en prison et purgeait la dernière de ses condamnations lorsqu’il s’est engagé dans l’armée. Il a combattu pendant un an et demi dans un bataillon « Storm Z », l’une de ces unités d’assaut composées essentiellement d’anciens détenus et de soldats sanctionnés, où la mortalité atteint des sommets. Il a survécu et rentre auprès de sa mère, dans un village de la région de Khabarovsk. En homme libre, clame-t-il : il a dans sa poche une grâce officielle et 1 million de roubles (environ 11 000 euros).

Evgueni confirme que le raisin d’Ukraine est bon. Mais les fruits et les cigarettes, c’est à peu près tout ce qu’il pouvait prendre dans les maisons abandonnées par leurs occupants ukrainiens, se plaint-il. « Les militaires sous contrat prennent tout ce qu’ils veulent, même des iPad et des iPhone… Mais nous, les zeki [les prisonniers], on nous fouille. La police militaire veille et menace. Les salauds… »

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Source:

www.lemonde.fr