Fermées depuis novembre 2025, les Catacombes de Paris rouvrent leur parcours le 8 avril 2026 à l’issue d’un vaste chantier de rénovation. À plus de vingt mètres sous terre, ce site patrimonial unique qui abrite les ossements de plusieurs millions de Parisiens se redécouvre à travers une expérience de visite renouvelée.
À plus de vingt mètres sous les rues de la capitale, les Catacombes de Paris constituent l’un des ensembles patrimoniaux les plus singuliers d’Europe. Chaque année, plus de 600 000 visiteurs empruntent les 130 marches qui mènent à cet ossuaire long de 1,5 kilomètres, où s’étendent près de 800 mètres de murs d’ossements soigneusement agencés. Témoignage saisissant de l’histoire urbaine et funéraire de Paris ce lieu, ouvert au public dès 1809, n’a cessé depuis d’intriguer autant que de fasciner. Un chantier de 5,5 millions d’euros a précédé cette réouverture.
De carrières oubliées à ossuaire municipal
Avant leur première ouverture au public en 1809, l’histoire des Catacombes de Paris débute à la fin du XVIIIe siècle dans un contexte de crise sanitaire. Devenus insalubres, les cimetières intra-muros contraignent les autorités à organiser le transfert des dépouilles hors de la capitale. Le choix se porte sur les anciennes carrières de la Tombe-Issoire sous la plaine de Montrouge, vaste réseau de galeries creusées dès le Moyen Âge pour l’extraction du calcaire. Entre le niveau de la rue et celui des Catacombes, se déploient des couches géologiques formées sur près de 45 millions d’années. Paris et ses environs étaient à l’époque recouverts d’une mer tropicale dont les sédiments se sont progressivement accumulés pour donner naissance aux calcaires exploités.
Entrée de l’ossuaire. Sur le linteau, vers du poète Jacques Delille « Arrête ! c’est ici l’empire de la mort » © Connaissance des Arts / Alexandre Dars
Suite à plusieurs effondrements de rues, les galeries sont consolidées sous l’autorité de l’Inspection générale des carrières, créée en 1777 par Louis XVI et confiée à l’architecte Charles-Axel Guillaumot. À partir de 1785, les ossements du cimetière des Saints-Innocents y sont transférés, marquant la naissance de l’« Ossuaire municipal de Paris », officiellement consacré le 7 avril 1786. D’autres campagnes de transferts suivront au XIXe siècle, notamment sous Louis-Philippe et durant les grands travaux haussmanniens.

Hoffbauer Fédor, Le cimetière des Saints-Innocents en 1750, plume, encre noire, aquarelle sur papier, Musée Carnavalet, Histoire de Paris
Sur le modèle des « hagues » des carrières, les ossements humains forment 217 murs alignés le long des galeries du parcours de visite. Ces structures organisent les restes visibles et contiennent, en arrière-plan, l’ensemble des dépouilles déposées. La méthode d’exploitation par hague et bourrage est élaborée à la fin du Moyen Âge, celle-ci consiste à extraire toute la pierre de la carrière, puis de la consolider en construisant des « piliers à bras ». Entre ces piliers, des murets de pierres appelés « hagues » sont montés pour contenir les remblais.

Les ossements humains sont soigneusement organisés en murs, aussi appelés « hagues ». 217 murs sont assemblés dans le parcours de visite des Catacombes de Paris © Connaissance des Arts / Alexandre Dars
Un chantier d’envergure pour préserver un site fragile
Pour faire face à l’affluence et aux enjeux de conservation des vestiges, les Catacombes ont fermé leurs portes le 3 novembre 2025 pour cinq mois de travaux. Ce chantier, le plus important depuis l’ouverture au public, a mobilisé un budget de 5,5 millions d’euros financé par la Ville de Paris et Paris Musées, confié à l’agence Artemis Architectes.

L’ossuaire des Catacombes de Paris réaménagé © Connaissance des Arts / Alexandre Dars
L’intervention a porté sur l’ensemble des infrastructures : renouvellement du réseau électrique, amélioration de la sécurité incendie, remplacement des systèmes de traitement de l’air afin de mieux réguler température, humidité et taux de CO₂. Dans cet environnement souterrain particulièrement sensible, ils constituent des enjeux cruciaux pour la préservation des ossements comme pour le confort des visiteurs.

Installation des protections des murs d’ossements durant les travaux de modernisation © Paris Musées
Comme le souligne Isabelle Knafou, administratrice du site, il s’agit d’« une rénovation à 360 degrés pour retirer tout ce qui était vétuste », menée avec le souci constant de respecter l’identité du lieu.
Une expérience de visite repensée et plus accessible
Au cœur de cette réouverture, la refonte de la médiation marque une évolution notable. Un dispositif sonore immersif accompagne désormais les visiteurs tout au long du parcours. Équipés d’un casque, ils découvrent une vingtaine de séquences qui se déclenchent automatiquement, composant un récit à la fois historique et sensible. Ce casque propose un son enveloppant sans isoler du lieu, afin de préserver l’atmosphère unique des Catacombes.

Nouveau parcours de visite des Catacombes de Paris © Connaissance des Arts / Alexandre Dars
La narration est portée par la voix incarnant Louis-Étienne Héricart de Thury, figure majeure de l’aménagement des Catacombes au XIXe siècle, elle est enrichie de personnages fictifs et d’ambiances sonores discrètes. Le visiteur est ainsi guidé à travers l’histoire des carrières, le métier de carrier, les inscriptions gravées dans la pierre ou encore des fragments poétiques. Cette approche est conçue comme une immersion progressive, mais reste volontairement mesurée. « J’avais peur d’en faire trop, je ne voulais pas que cela ressemble à un train fantôme », confie Isabelle Knafou. L’équilibre trouvé privilégie une expérience respectueuse du caractère solennel du lieu.

Ossuaire, hague d’ossements, Catacombes de Paris © Connaissance des Arts / Alexandre Dars
Des dispositifs adaptés ont été intégrés pour les visiteurs en situation de handicap : loupes et maquettes tactiles pour les publics malvoyants, boucle magnétique pour les personnes malentendantes, ainsi qu’un parcours sonore disponible en audiodescription. Proposé en quatre langues (français, anglais, espagnol et allemand), le nouveau dispositif s’adresse à un large public, dès l’âge de huit ans.
Des rendez-vous exceptionnels à venir…
La réouverture du parcours s’inscrit dans une programmation élargie. À l’occasion des Journées européennes de l’Archéologie, le 12 juin 2026, la carrière de Port-Mahon habituellement fermée au public fera l’objet d’une ouverture exceptionnelle. Acquise par la Ville de Paris en 2021, elle jouxte les Catacombes et demeure largement méconnue.

Journées européennes de l’Archéologie, Catacombes de Paris © Paris Musées
Les Journées européennes du patrimoine, le 19 septembre 2026, proposeront quant à elles deux visites nocturnes, offrant une approche renouvelée de ce site hors du temps.
Les Catacombes de Paris1, avenue du Colonel Henri Rol-Tanguy75014 ParisRéouverture dès le 8 avril 2026
Source:
www.connaissancedesarts.com

