Toutes ces heures passées allongée dans l’herbe, les yeux braqués vers le ciel. Et une question au-dessus de toutes, qui obsède : sommes-nous seuls dans cet Univers ?
Longtemps, elle s’est heurtée au vide. D’abord à des équations dont même les facteurs essentiels manquaient. Puis à la découverte de planètes au-delà de notre Système solaire. Toujours lointaines, hostiles. Notre Terre restait seule, unique.
Et il y a eu 2016. La découverte de Proxima b. Ce jour-là, les exoplanètes se sont invitées dans notre voisinage cosmique. Proxima b, c’était la preuve qu’il existe des mondes à portée de main, des mondes qui plus est rocheux et… potentiellement habitables. Des voisins qui, dans leur jardin, se posent peut-être encore la même question : sommes-nous seuls ?
Alpha Centauri, the closest star system to our Solar System, is located approximately 4.37 light-years away from Earth in the constellation Centaurus. It comprises three stars: Alpha Centauri A, Alpha Centauri B, and Proxima Centauri. This stellar system is of immense interest to… pic.twitter.com/lUZ7OYL2fj
— Erika (@ExploreCosmos_) July 22, 2024
Le jour où l’Univers s’est rapproché
Pour bien comprendre le séisme Proxima b, il faut poser quelques chiffres :
1,17 fois, c’est la taille de cette planète rocheuse comparée à notre Terre11,2 jours, c’est le temps que Proxima b met à faire le tour de son étoile ; c’est peu de notre point de vue, mais son étoile est une naine rouge, plus petite et plus froide que notre Soleil, résultat, la planète se trouve exactement dans sa « zone habitable », en d’autres mots, de l’eau liquide pourrait y couler en surface4,2 années-lumière, c’est la distance qui nous sépare d’elle, la porte à côté à l’échelle de l’Univers
On ne compte plus les livres, BD, films et séries de science-fiction qui se déroulent dans le système de Proxima du Centaure, ou Alpha du Centaure. En 2016, coup de théâtre : on a découvert une planète rocheuse dans la zone habitable de l’étoile la plus proche de notre Système solaire. Alors, quand est-ce qu’on part l’explorer ?… Lire la suite
À notre échelle, ça reste colossal, presque 40 000 milliards de kilomètres. Nos engins spatiaux auraient besoin de dizaines de milliers d’années pour aller y faire un tour.

À l’observatoire de Genève, Christophe Lovis chasse les exoplanètes. Lui et ses collègues pensent même en avoir détecté une en 2012 autour d’Alpha Centauri B, qui fait partie d’un système stellaire triple. Dans ce système, on vient maintenant d’en découvrir une autre : l’exoplanète Proxima b. Quelle est sa nature ? Son habitabilité est-elle réelle ? Sera-t-il possible d’y découvrir un jour des traces de vie ? Christophe Lovis nous répond dans cette interview…. Lire la suite
Il n’en reste pas moins qu’avant Proxima b, chercher la vie ailleurs dans notre Univers revenait à chercher une aiguille dans une botte de foin. Depuis 2016, la perspective a changé. Il y a une planète habitable autour de l’étoile la plus proche de notre Soleil. Les cibles se sont rapprochées.

L’objectif d’envoyer une sonde vers le système stellaire le plus proche, où l’on vient de découvrir une deuxième planète, se poursuit. Des étudiants et chercheurs du projet Starlight de l’université de Californie ont testé dans la stratosphère ce qui pourrait devenir une sonde interplanétaire. Pour qu’il se concrétise, ce projet nécessitera de réaliser des sauts technologiques et trouver plusieurs centaines de milliards de dollars pour le financer. … Lire la suite
Tant et si bien qu’un projet, Breakthrough Starshot, ambitionne d’y envoyer des microsondes propulsées par laser pour photographier Proxima b.
Did you know there’s a project to send interstellar probes to Alpha Centauri, 4.37 light-years away? Founded by Yuri Milner, Stephen Hawking, and Mark Zuckerberg, Breakthrough Starshot aims to use laser-propelled light sails to reach 20% of light speed! ⬇️1/3????Breakthrough pic.twitter.com/Feqp5us024
— Science! (@IoniaScience) September 16, 2023
Entre jour éternel et colères stellaires
10 ans après la fantastique découverte, où en sommes-nous ? La science a avancé et tempéré nos espoirs les plus fous. Et c’est peut-être ce qui rend l’histoire encore plus fascinante.
Elle a d’abord effacé les doutes : Proxima b existe bel et bien.
Elle a été détectée par la méthode des vitesses radiales (en d’autres mots, grâce aux variations du spectre lumineux émis par une étoile lorsqu’une planète tourne autour) grâce au spectrographe Harps. Puis confirmée par le spectrographe Espresso, quatre fois plus précis et monté sur le Very Large Telescope (VLT) au Chili.

Une équipe internationale de chercheurs vient de confirmer l’existence de la planète extrasolaire Proxima Centauri b avec le spectrographe Espresso installé sur le VLT. Il s’agit là des mesures les plus précises obtenues à ce jour…. Lire la suite
Elle reçoit environ 65 % de l’énergie que la Terre reçoit du Soleil. Elle se situe bien dans la zone d’habitabilité de son étoile. Mais d’habitable à habitée, il y a un pas (de géant) que la science n’a pas encore franchi.

Depuis 2016, nous ne regardons plus le ciel de la même façon. La découverte de Proxima b (ici en vue d’artiste) a marqué un tournant dans l’histoire de l’astronomie : pour la première fois, nous savions qu’une terre potentielle orbitait autour de l’étoile la plus proche de notre Soleil. © ESO
Les chercheurs estiment que Proxima b est probablement en « rotation synchrone ». Un peu comme la Lune autour de la Terre. Ça signifie qu’elle présente toujours la même face à son étoile. Un côté connaît un jour éternel et brûlant, l’autre une nuit polaire infinie. La vie, si elle existe, n’aurait qu’une option : se nicher dans la zone crépusculaire, là où les deux mondes se rencontrent.
Proxima b a-t-elle une atmosphère ? De l’eau ? Un champ magnétique protecteur ? C’est le grand angle mort. Les naines rouges sont des étoiles colériques. Quand bon lui semble, Proxima du Centaure peut bombarder sa planète de rayons X et d’éruptions ultraviolettes extrêmement violentes. Si Proxima b n’a pas un bouclier magnétique puissant, son atmosphère a pu être balayée, laissant un monde stérile et nu.
Proxima Centuri B Tour 2. Very close to its star, completing a « year » in just 11.2 days. Habitable Zone: Orbits within the habitable zone, but its close proximity means it’s likely tidally locked (one side always faces the star) and bombarded by stellar flares. pic.twitter.com/lIQFw6jaLX
— Stellarix (@Stellarixorine) June 29, 2026
Et dans 25 ans ?
Projetons-nous 25 ans dans le futur. De nouveaux outils devraient avoir permis aux astronomes de demain de répondre à quelques-unes au moins de ces questions. Grâce au télescope spatial James-Webb (JWST), les chercheurs peuvent déjà analyser la composition des atmosphères des exoplanètes. Demain, l’Extremely Large Telescope (ELT) au Chili et les futures missions spatiales dédiées à l’imagerie directe nous permettront de faire de la « spectroscopie haute résolution » sur Proxima b. L’Habitable Worlds Observatory, notamment, sera spécifiquement conçu pour ça.
En clair ? Les astronomes pourront détecter, en décomposant la lumière qui traverse l’atmosphère de la planète, les traces de molécules d’intérêt. L’oxygène, le méthane, l’ozone ou encore la vapeur d’eau… les signatures de la vie. Ou au moins, quelques preuves que l’air de ce monde est respirable !
Le vivant : anomalie ou règle de base ?
Au-delà de son intérêt strictement scientifique, Proxima b a rallumé la machine à rêves de notre humanité. Elle a inspiré des auteurs de science-fiction, des artistes, mais aussi les chercheurs eux-mêmes. Imaginer un ciel où un immense soleil rouge ne se couche jamais, imaginer des organismes adaptés aux rayonnements extrêmes, c’est pousser la biologie et la physique dans leurs retranchements.

Une troisième exoplanète a été découverte autour de l’étoile la plus proche du Soleil, la naine rouge Proxima Centauri. Voilà de quoi faire rêver les fans de science-fiction et les exobiologistes qui se préparent à analyser les éventuelles atmosphères d’exoplanètes rocheuses à la recherche de biosignatures avec le télescope James-Webb…. Lire la suite
Proxima b, c’est le symbole tangible d’une question cruciale : notre Terre est-elle une heureuse anomalie ou le vivant est-il comme un impératif qui s’installe partout où il peut… même sous la lumière rougeoyante d’une naine colérique ?
Futura n’a pas fini de scruter l’Univers, en quête de réponses. Parce que la science n’est jamais aussi belle que lorsqu’elle ravive nos rêves d’enfants. Le ciel n’est certainement pas un grand livre vide, il attend simplement qu’on apprenne à le lire !
Source:
www.futura-sciences.com


