La grenouille dorée du Panama (Atelopus zeteki), ce petit amphibien jaune vif emblématique de l’Amérique centrale tropicale, n’avait plus été observée dans son habitat naturel depuis 2009. Son retour en milieu sauvage, orchestré par le Panama Amphibian Rescue and Conservation Project (PARC), affilié à la Smithsonian Institution, représente l’aboutissement de près de deux décennies de travail acharné. Voilà une avancée majeure de la conservation récente, survenue il y a peu, et qui méritait qu’on en reparle.
Un champignon dévastateur à l’origine d’une quasi-extinction
Tout commence à la fin des années 1980. Un champignon invasif, le Batrachochytrium dendrobatidis (Bd), fait son apparition dans le bas de l’Amérique centrale. Ses spores se propagent facilement dans l’eau et les grenouilles dorées, qui vivent exclusivement à proximité des cours d’eau, ne pouvaient pas y échapper.
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Le Bd provoque la chytridiomycose, une maladie qui perturbe l’équilibre électrolytique de la peau des amphibiens. Concrètement, les déséquilibres en sel et en eau qui en résultent conduisent à une défaillance cardiaque fatale. Pour les humains, ce champignon est totalement inoffensif. Pour les grenouilles dorées, c’est une sentence de mort.
La maladie a atteint la dernière grande population de l’espèce, concentrée à El Valle de Antón, en 2004. Cinq ans plus tard, l’animal disparaît complètement de la région.
Le retour progressif des grenouilles dorées dans leur milieu naturel
Les équipes du PARC ont maintenu des populations en captivité dans des installations contrôlées pendant toutes ces années, le temps que les chiffres soient suffisamment stables pour envisager une réintroduction.
« Nous entrons maintenant dans une nouvelle phase de notre travail, pour étudier la science du réensauvagement », a déclaré Roberto Ibañez, directeur du PARC.
Le bilan de la première phase de réintroduction, dite « soft release » sur 12 semaines, est sévère : environ 70 grenouilles sur 100 libérées sont mortes de la chytridiomycose. Pourtant, ces pertes ne sont pas vaines. Chaque donnée collectée permet de mieux comprendre comment la maladie évolue en conditions naturelles et d’affiner les stratégies futures.

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Le biologiste Brian Gratwicke l’explique explicitement : « Nos modèles suggèrent qu’il existe des sites de libération climatiquement favorables, des endroits adaptés aux grenouilles, mais trop chauds pour le champignon ». Une piste prometteuse pour les prochaines réintroductions.
Par ailleurs, trois autres espèces d’amphibiens avaient déjà été réintroduites avec succès l’année précédente :
La grenouille arboricole couronnée (Tripion spinosus).La grenouille fusée de Pratt (Colostethus pratti).La grenouille-feuille lémurien (Agalychnis lemur).
Un précédent encourageant, qui prouve que le PARC sait ce qu’il fait.
Admirer sans toucher : la toxicité extrême de ces amphibiens
Si vous croisez un jour une grenouille dorée près d’un cours d’eau panaméen, gardez vos distances. Ces petits animaux produisent des toxines parmi les plus puissantes du règne animal : des bufadiénolides stéroïdiens et des alcaloïdes de guanidinium. Deux familles de substances capables de provoquer des effets graves chez l’humain en cas de contact.

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Les biologistes eux-mêmes portent systématiquement des gants pour les manipuler, non pour protéger les grenouilles, mais pour se protéger d’elles.
Identifier des refuges climatiques naturellement inhospitaliers au Bd pourrait transformer radicalement les protocoles de réintroduction à l’échelle mondiale, bien au-delà du Panama.
Source:
www.futura-sciences.com

