La mémorisation ne repose pas sur le simple bachotage, mais sur des méthodes actives et régulières. En structurant ses révisions, en variant les approches et en mobilisant différentes formes de mémoire, il est possible d’améliorer durablement ses capacités d’apprentissage. Voici les premières étapes pour bien démarrer.
1. Prévoir un calendrier de révisions
Répéter les informations à plusieurs reprises dans le temps est bien plus efficace que de bachoter.
L’apprentissage distribué est d’ailleurs validé scientifiquement. « Le temps entre deux révisions permet au cerveau de digérer et de stabiliser l’information », confirme le Pr Mickaël Laisney, chercheur en neurosciences. Plus on répète, mieux on retient, mais le calendrier peut être ajusté. Les révisions anciennes et récentes se chevauchent, mais les premières informations disparaissent rapidement du « tableau de bord ».
2. Multiplier les petites et grandes pauses
La méthode Pomodoro consiste à se reposer 5 minutes toutes les 25 minutes, puis 15 minutes après 4 sessions. Elle évite la fatigue, mais pas seulement : une étude du National Institute of Health aux États-Unis montre que ces courtes pauses permettent au cerveau de « rejouer » ce qu’il vient d’apprendre, renforçant ainsi la mémorisation.
« Laisser passer la nuit est également bénéfique, car le cerveau consolide les apprentissages durant le sommeil », confirme la professeure de psychologie cognitive Laurence Taconnat. Ce principe s’applique aussi aux apprentissages moteurs, comme la musique. Des études ont montré que l’on apprend mieux sur plusieurs jours, avec des pauses, plutôt qu’en s’acharnant des heures durant.
3. Dessiner des cartes mentales
« Il est crucial de donner du sens à l’information pour bien la retenir », souligne Laurence Taconnat. Le fait de dessiner une carte mentale aide à mieux comprendre ce que l’on apprend et sollicite la mémoire visuelle. On écrit le sujet au centre d’une feuille et on relie idées et concepts en arborescence. « L’idéal est de la refaire plusieurs fois », complète Sébastien Martinez.
Bonus : imaginer des liens inattendus stimule la créativité et renforce la mémorisation dans un cercle vertueux.
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4. Connecter les nouvelles informations à des choses connues
La mémoire fonctionne par liens logiques : plus une information est intégrée à un réseau dense, mieux on la retient. On essaye donc de connecter ce que l’on apprend à ce que l’on connaît déjà – périodes historiques, mécanismes du corps, courants artistiques… « Lorsque j’enseigne, j’utilise toujours le cours précédent et j’y ajoute de nouvelles données », explique par exemple la Pre Taconnat. Trouver des liens avec des idées ou des concepts qui nous touchent est particulièrement efficace.
4 idées reçues sur la mémoire
1. Il faut arrêter d’apprendre par cœur : non, il faut surtout éviter d’ânonner sans donner du sens ;
2 On est auditif ou visuel : tout le monde est à la fois l’un et l’autre ;
3. Il faut surligner les mots importants : cela n’améliore pas la mémorisation ;
4. La musique aide à se concentrer pour apprendre : en général non, mais cet effet distracteur peut être compensé par une amélioration de l’humeur et de la vigilance avec certaines musiques sans paroles.
5. Constituer des liens avec son vécu
« Créer des liens en rapport avec l’expérience ou les goûts personnels rend l’apprentissage encore plus efficace », souligne le Pr Laisney. C’est l’effet de référence à soi. Lorsque l’on apprend du vocabulaire, par exemple, il est important de formuler ses propres phrases avec, voire de s’imaginer en train de les dire dans une conversation.
Associer une information à son vécu ou à un contexte personnel aide également à la retrouver plus facilement. Et si c’est absurde, c’est encore mieux ! Toute émotion renforce la mémorisation. Par exemple, pour se souvenir de la mort de Marat, on peut se dire : « Il aimait prendre des bains, comme moi », en référence au tableau de David qui représente la scène.
6. Jouer au professeur
Expliquer le cours à voix haute, avec ses propres mots et exemples, oblige à lui donner du sens et permet ainsi de l’intégrer. « C’est ma méthode préférée », reconnaît le Pr Laisney. « De plus, la mémoire fonctionne mieux quand on est actif et que l’on ‘joue’ le cours ». Un cadre bienveillant entre camarades peut aider, à condition de ne pas générer de stress. Ce contexte facilitera également le rappel ultérieur, car il suffira de se remettre mentalement dans la situation pour retrouver l’information.
7. Édifier un palais mental
Il s’agit de répartir mentalement les informations dans une maison familière, chaque pièce correspondant à une idée. Elles sont reliées à des repères connus et regroupées en concepts logiques. Dans un contexte d’examen, repenser à la maison et à une pièce suffit à faire revenir l’information qui lui est associée. « C’est aussi plus ludique et motivant que de simplement répéter », ajoute Sébastien Martinez. « Cette technique fonctionne bien pour retenir des listes rébarbatives, par exemple en anatomie ».
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8. Construire des phrases de mots-clés
Pour retenir des listes ou des codes, on peut construire une phrase histoire, idéalement absurde, qui crée un lien émotionnel avec la mémoire. On connaît l’exemple classique pour les conjonctions de coordination : « mais ou et donc or-ni- car ». Il est possible de créer ses propres phrases mnémotechniques. Par exemple, pour retenir le code d’un portail « 95A8 », on peut imaginer : « mon amie qui vit dans le 95 se rend A Cancale pour manger des huîtres ». Si la personne et les lieux sont bien connus, c’est plus efficace.
9. Rédiger des fiches-questions
Tous nos experts confirment que s’auto-tester est très efficace. Écrire des petites fiches questions-réponses stimule la mémorisation, car on devient actif, on identifie les points clés et on reformule le cours. Ajouter un contexte social, en travaillant à plusieurs, renforce la motivation et protège de l’ennui, deux éléments essentiels pour retenir l’information.
La bonne idée : le cahier de culture
Oublier ce qu’on lit… c’est normal. Le cahier de culture – sorte de journal intime dédié – permet d’en garder une trace, mais il faut ensuite relire l’information pour la retenir définitivement. Si on aime l’idée du bullet journal, le fait de le décorer, de le personnaliser améliore les chances d’y revenir plusieurs fois, et de mieux retenir.
10. Pratiquer la technique de la feuille blanche
Après avoir appris un cours, on essaye d’écrire ce que l’on a retenu, avec autant de chiffres et de mots-clés possibles.
En cas d’oubli, on réfléchit un moment avant de consulter ses notes. Plus on pratique cet exercice, mieux on apprend. La feuille blanche est plus efficace si elle est combinée à d’autres méthodes, comme les cartes mentales.
11. Pratiquer la technique pour retenir une date historique
En quelle année a été créé le ruban adhésif ? Quand l’homme a-t-il marché sur la lune ? Pas facile de s’en souvenir.
Le conseil de Sébastien Martinez :
« La mémoire fonctionne comme une toile d’araignée. Il s’agit donc de connecter ce qui est inconnu à ce qui est connu. Prenons, par exemple, la date de l’invention du ruban adhésif : 1923. Pour la mémoriser, on commence par la resituer dans son contexte : le début du XXe siècle. Ensuite, pour retenir le chiffre 23, il suffit de le connecter à quelque chose qui vous parle. Par exemple, c’est le numéro de maillot de l’ancien joueur de basket-ball, l’Américain Michael Jordan. À partir de ces éléments, vous allez imaginer une histoire, par exemple, que le ruban adhésif sert à ligoter Michael Jordan ;
Ensuite, il va falloir réviser cette information. Trop souvent, on commet l’erreur de se répéter vingt fois par jour la même information avant de laisser tomber. Dans l’idéal, il faudrait réviser une fois dans l’heure qui suit l’apprentissage d’une nouvelle notion. Réviser ne veut pas dire relire, mais s’interroger, se poser des questions pour être certain d’avoir bien compris. Puis, on la revoit un jour après, une semaine après, un mois après ;
Au bout de quelques mois, l’histoire qui vous a servi de support, en l’occurrence le ruban qui ligote Michael Jordan, va finir par s’effacer. Vous n’aurez plus besoin de moyen mnémotechnique pour vous en souvenir. C’est la raison pour laquelle, quand on vous demande quelle est la capitale de la France, vous répondez Paris sans réfléchir ».
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12. Pratiquer la technique pour retenir une liste de 10 mots
Vous partez faire les courses avec l’intention d’acheter des yaourts, des carottes, du steak haché, du poulet, de l’essuie-tout, du savon, un balai, le journal, du sucre et du chocolat. Votre défi : ne rien noter.
Le conseil de Sébastien Martinez :
« La stratégie la plus simple consiste à se raconter une histoire à partir de ces dix mots. Il s’agit de créer du lien entre les différents produits, en essayant de faire appel à nos cinq sens, ce qui aide à encoder l’information. Plus l’histoire est loufoque, plus elle est mémorable. Vous pouvez ainsi imaginer que la carotte sort d’un yaourt géant. Cette carotte se précipite vers le steak haché. Mais une poule arrive et se met à picorer le steak. Elle s’en met partout et a besoin d’essuie-tout et de savon pour se laver. Elle passe ensuite un coup de balai et jette les déchets à la poubelle dans laquelle se trouve déjà le journal. Celui-ci est vendu avec un échantillon de sucre qui va vous servir à vous faire un chocolat chaud ;
Pour retenir cette série de mots, vous pouvez aussi utiliser la technique des lieux. Vous vous appuyez toujours sur vos cinq sens mais, en plus, vous faites appel à votre mémoire visio-spatiale. Par exemple, vous imaginez votre salon : la poule installée sur le canapé contemple la carotte posée sur la table basse, pendant que votre fauteuil s’est transformé en distributeur de steaks hachés… ».
Sources
Entretiens avec Sébastien Martinez, coach, champion de mémoire, Mickaël Laisney, enseignant-chercheur en neurosciences et Laurence Taconnat, professeure de psychologie cognitive.
Source:
www.santemagazine.fr


