Ce lundi 3 août, plus de 116 000 hectares sont déjà partis en fumée en France depuis le début de l’année, un record absolu depuis le début des relevés dans notre pays. Cette superficie brûlée dépasse donc celle des deux grandes années de référence pour les feux, 2022 et 1949. En 2026, plus de 14 000 feux de végétation ont été signalés, alors que le mois d’août débute à peine.
Une forêt calcinée, des indices presque effacés et un chien qui semble retrouver ce que les flammes ont voulu faire disparaître. Derrière son flair impressionnant, pourtant, se cache une enquête collective où chaque trace compte…. Lire la suite
Ces dernières années pourtant, la surveillance des massifs forestiers s’est nettement améliorée, bien que les conditions propices aux feux se soient aggravées. En 1980 et 2020, le nombre d’incendies a été divisé par deux et la surface brûlée a été divisée par quatre, selon l’INRAE. Alors que s’est-il passé en 2026 pour mener à une catastrophe de si grande ampleur ? Après 2020, une nouvelle tendance à la hausse des surfaces brûlées a été observée.
En 2026, c’est la conjonction d’un ensemble d’éléments qui a permis aux feux d’atteindre une telle proportion. Tous les grands incendies du mois de juillet ont été, à la base, déclenchés par l’humain, de manière accidentelle ou volontaire. Mais ce sont ensuite les conditions météo, ainsi que l’état de la végétation, qui ont permis aux flammes de se propager aussi rapidement :
les pluies incessantes de l’hiver, particulièrement à l’ouest, ont permis à la végétation de se développer de manière explosive dans certains secteurs. Rappelons que le mois de février 2026 a été le plus pluvieux jamais enregistré en France ;l’hiver a été globalement doux, avec très peu de gel, ce qui permit à la végétation de résister et de continuer à grandir même lors de la saison de repos ;la sécheresse qui s’est mise en place en avril, et s’est aggravée avec la canicule de mai, a fragilisé et desséché les végétaux. La mortalité des arbres a été importante dans certains secteurs, cette année, mais également les années précédentes en raison de la chaleur et des attaques de parasites. Cette végétation grillée, parfois morte, permet d’alimenter les incendies comme le bois alimente un feu de cheminée ;quatre canicules se sont produites en France entre mai et juillet, avec des températures extrêmes jusqu’à 43 °C et un taux d’humidité de l’air très faible. Les températures nocturnes ont aussi joué un grand rôle : avec des nuits à 25 ou 26 °C, la température n’est pas assez redescendue pour permettre une amélioration ;le vent a soufflé à plus de 30 km/h de manière quotidienne au sud du pays. La règle des « trois 30 », bien connue des pompiers, était donc présente tout au long du mois de juillet : une température à plus de 30 °C, un vent à plus de 30 km/h et un taux d’humidité de l’air inférieur à 30 %. Une fois les incendies déclenchés, les vents changeants ont rendu les feux impossibles à contenir ; la fréquentation touristique de l’été démultiplie le risque d’incendie : plus il y a de population, et plus il y a de mouvements de population sur un secteur à risque (comme celui des Landes par exemple, ou le massif du Var) et mathématiquement, plus le risque qu’un véhicule s’enflamme, ou qu’un mégot soit jeté, et important ; pour de nombreux pompiers, les moyens de lutte sont insuffisants : les SDIS estiment que le nombre de canadairs n’est pas suffisant et que la flotte est vieillissante.
#Incendie monstre toujours incontrôlable à #Correns, dans le Var…
L’avant/après est d’autant plus saisissant: depuis la mi-juillet, le feu n’a cessé de s’activer puis de repartir. Il a déjà dévoré 6 000 hectares, soit ≈8 400 terrains de football. pic.twitter.com/kCzHyWUusU
— Guillaume Jauseau (@GJauseau) August 1, 2026

L’entreprise américaine Planet Labs, spécialisée dans l’imagerie satellitaire et l’observation de la Terre, nous a fourni des images « avant-après » qui révèlent l’ampleur des incendies ayant ravagé la Gironde, la Provence et les Pyrénées-Orientales depuis le début de l’été 2026. Mais au-delà du constat visuel, ces données spatiales jouent aujourd’hui un rôle bien plus stratégique : anticiper les risques, guider les secours sur le terrain, évaluer les dégâts pour les assurances et suivre la résilience des écosystèmes touchés…. Lire la suite
La sévérité des conditions propices aux incendies sous-estimée ?
Les conditions météo qui mènent au développement des incendies peuvent être liées à la variabilité naturelle (comme le vent) et le réchauffement climatique provoqué par les émissions de gaz à effet de serre. Pour évaluer la sévérité d’un incendie, l’organisme World Weather Attribution utilise l’échelle DSR, dont les différents niveaux reflètent « la difficulté à maîtriser un incendie une fois qu’il s’est déclaré » à partir des conditions météo en cours.
L’organisme scientifique estime que dans le contexte climatique actuel, « un événement de cette intensité est attendu environ une fois tous les 20 ans dans le sud-ouest de la France, contre environ une fois tous les 6 ans dans le centre de l’Espagne ». « Dans les deux régions étudiées, les observations montrent une nette tendance à l’augmentation de la probabilité et de la gravité de ces événements avec le réchauffement climatique » : des valeurs de DSR aussi extrêmes que celles observées dans le centre de l’Espagne en juillet 2026 « sont désormais au moins 20 fois plus probables que dans un climat préindustriel ».
Comme beaucoup de gens, j’ai des proches touchés tragiquement par les incendies en Gironde ????. Mes pensées vont à tous ceux qui ont tout perdu, et tout mon soutien et mon respect immense ???? à ceux qui combattent ces monstres de flammes. Ici une vue depuis un Canadair. pic.twitter.com/oBfedWHuMS
— Thomas Pesquet (@Thom_astro) July 26, 2026
World Weather Attribution précise même que leur modèle climatique a du mal à donner des résultats fiables sur la France et qu’il est très probable que la sévérité des conditions météo propices aux incendies soit sous-estimée : le danger pourrait être en fait bien plus grand en France que ce que nous pensions jusqu’à maintenant, et le système de lutte actuel contre les incendies ne serait plus adapté à une telle menace.
Source:
www.futura-sciences.com


